Vendredi 4 mars 2011 5 04 /03 /Mars /2011 17:04
- Par L'Œil du Pharynx - Publié dans : Littérature

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tous les vendredis, le journaliste, écrivain et homme de scène Aleix Renyé, nous régale de ses nouvelles

RANCE DANS L’ÂME


Il a cette odeur de sueur rance incrustée en lui, qu'aucun savon n’arrive à faire disparaître totalement quand, deux fois par an, il prend une douche. Une odeur qui semble t-il, provient de son âme plutôt que de son corps. Une sorte "d'état" d'âme qu’il a en lui depuis le jour où le hasard, le destin ou le pas de chance -il ne se rappelle plus quoi exactement- l’ont conduit vers toutes les renonciations, toutes les vexations, toutes les humiliations.
Ses journées sont rythmées par les demis qu’il ingurgite en deux minutes dans les bars où il fait une halte. Il ne reste pas des heures dans chaque établissement, comme certains, en buvant et parlant sans arrêt, saoulant de paroles clients et serveurs.
Il boit en travaillant, lui, en faisant son circuit de distributeur de publicité dans les boîtes aux lettres. Avec ce boulot et quelques allocations sociales il en a assez pour se payer les demis, la baguette, quelques oeufs, un peu de fromage, saucisson et une brique de lait.
En hiver, quand le froid et la faim se font pressants dans sa chambre sous-louée, on peut l'apercevoir dans l’un ou l’autre de ces centres où l'on procure de la chaleur et un repas aux SDF, malgré qu’il n’en soit pas un.
Quand il fait beau, il fait sa tournée en tirant sur son sac à roulettes chargé de prospectus, qui le fait transpirer. Il s'en aperçoit bien, que les gens font un écart sur son passage faisant une moue, dérangés par son odeur. Plus il transpire, plus il boit, plus il boit, plus il sent...
Des couches successives de sueur se succèdent, et recouvrent sa peau les unes après les autres, dans une déchéance placide, muette et qu’il souhaite la plus longue possible. 

 


PARFUM


Son rendement au travail s’en ressent. Il le sait et son chef de service aussi. Quand son chef lui fait des remarques sur son air absent, son rictus crispé, il n’ose pas lui expliquer les vrais raisons de son état. Il prétexte des migraines soudaines et répétées qui l’assaillent et l'immobilisent... Trois mois, trois mois qu’il doit la supporter ! Dans sa tête il s’écrit des pamphlets contre la responsable de cette destabilisation de son train-train au boulot, de sa tranquillité personnelle.
Trois mois que cette nouvelle s’est installée au bureau à coté du sien, là où travaillait son collègue parti récemment à la retraite. L’arrivée de la nouvelle a été un désastre, un chambardement...
Fini de parler sport le lundi, fini de jouer ensemble au loto, commenter les nouvelles et lire le journal le matin... La nouvelle ne pense qu’au travail, et si elle parlait, ils parleraient -il en est sûr- fringues et trucs de filles !
En trois mois il n’a pas réussi à discuter avec elle plus de deux minutes d'affilée. En plus, elle ne travaille qu’à mi-temps (elle aurait, semble-t-il, des obligations familiales) et fait le même boulot que son ancien collègue faisait à temps plein ! Mais le plus grave, quand même, c’est son odeur.
Dès le premier jour de son arrivée, des effluves terribles ont inondé le bureau commun. Une odeur persistante qui empreigne tout, les habits aussi. Une odeur qui, entrant par les fosses nasales, s’incruste jusque dans les recoins le plus profonds du cerveau.
Son parfum, voilà le coupable. Ce doit être un parfum cher, original, rare, un de ces parfums qui plaisent tant aux femmes et qu’il déteste. Il arrive à le rendre malade, mais n’ose pas se plaindre au chef de service, lui dire qu’il n’en peut plus, qu’il ne tiendra pas longtemps à côté de ce flacon de parfum sur jambes! Non, il ne va pas tenir comme ça jusqu’à sa retraite, dans deux ans.
Il faut faire quelque chose, trouver n’importe quelle parade, pour supporter chaque jour, pendant huit heures, cette puanteur. Il n'ose s'imaginer à la place du mec qui partage le lit et la vie de cette personne. Et ses enfants ! comment font-t-ils ?
En attendant de trouver la solution, il va ouvrir la fenêtre, aérer un peu...

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Jeudi 3 mars 2011 4 03 /03 /Mars /2011 16:30
- Par L'Œil du Pharynx - Publié dans : Cultures - Communauté : Un max de buzz !
Photo0372.jpgLa créatrice polymorphe Thu Van N'Guyen de Bures
A 28 ans Thu Van N'Guyen de Bures est trés prolifique. A la fois régisseuse de théâtre, désigneuse de meubles en papier maché et créatrice de mode, elle crée des objets, des habits à son image entre le sage occident et le chatoyant orient . Du sur-mesure pour ceux qui auraient envie de sortir des sentiers battus par les sabots des moutons marqués par la griffes des grands prédateurs de la mode! Offrez-vous quelques files de sa finesse pour vous protéger contre ce monde de brutes...

contact 06 29 15 07 88

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Mardi 1 mars 2011 2 01 /03 /Mars /2011 18:48
- Par L'Œil du Pharynx - Publié dans : Gastronomie - Communauté : Un max de buzz !
Le Forum Gastronomique de Gérone à lieu tous les deux ans , en alternance avec celui de St Jacques de Compostelle en Galice. Organisé par PeP Palau et Jaume Von Arend depuis 1999 . La gastronomie est un enjeu économique, cette année la fédération de tourisme de terroir a relevé le défi et participe au forum au travers de démonstrations et de dégustation 
Premier son interview de Pep Palau 
Photo0388.jpgPIerre Pérouse à gauche interview de Pep Palau à droite
Deuxième sons Pierre Aylagas président de la fédération de tourisme de terroir explique de l'interrêt de la présence de la fédération au travers d'un stand
Photo0389.jpgPierre Pérouse à gauche film Pierre Aylagas à droite
troisième sons le vigneron Jérome Rouaud, nous présente son vin Bio
Photo0401.jpgLe vigneron Jérome Rouaud
quatrième sons une nord catalane constate le vide du stand de l'agglomération de Perpignan et son coût de 40 000 euros
Photo0380.jpgLe stand de l'agglo : beaucoup de bruit pour rien

Photo0385rencontre entre la délégation tourisme de terroir à gauche et les organisateurs du forum au fond à droite

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Vendredi 25 février 2011 5 25 /02 /Fév /2011 16:17
- Par L'Œil du Pharynx - Publié dans : Littérature

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Tous les vendredis, Aleix Renyé journaliste, écrivain et homme de scène nous donne de ses nouvelles.

 

CANDIDAT

Son dessein est d'atteindre les plus hautes sphères du pouvoir, là où personne ne peut être plus haut que toi... ça, il le sait depuis toujours. Au lycée déjà, il se voyait comme un leader et il n'épargnait ni stratégies, mensonges et argent pour avoir autour de lui un groupe de fans, d’inconditionnels.

Son fort, ce ne sont pas les idées et les convictions, il s’en fout de l'idéologie qu’il défend, et qui peut varier d’une élection à une autre.
Déjà vingt ans qu’il essaie d’être élu, avec un acharnement admirable, et il est devenu un spécialiste de la transversalité politique. Dans tous les staffs et états majors de partis politiques son nom est synonyme de joker, d'homme de main à utiliser comme on veut, en échange de vagues promesses d’une place dans la liste électorale et quelques phrases qui flattent son ego.
Au bout de ces vingt ans de dépenses en campagnes inutiles, toujours avec des affiches arborant sa tête en gros plan, les électeurs le reconnaissent comme quelqu'un de familier, qui fait partie du folklore électoral du département. Personne ne peut, par contre, affirmer qu’il connaît son programme, son projet, ses idées.

Malgré tout, il est arrivé à avoir un certain nombre de voix qui, si elles ne sont pas suffisantes pour être élu, l’ont converti en homme clef pour les négociations du second tour. Et il se venge. Ces candidats qui l’ont longtemps méprisé lui courent après, l'appellent, l’invitent... Il se laisse aimer sans donner aucune réponse claire à aucun d’eux, il se promène bien droit en ville, dit bonjour à tout le monde et distribue partout ce sourire qu’il a répété pendant des années devant son miroir, tout en demandant à sa femme blasée ce qu’elle en pensait, s’il n’en faisait pas un peu trop... bon, il lui demandait son avis quand tant qu'elle était là, avant qu’elle ne le quitte, excédée par ses délires électifs.
La seule chose qui compte, pour lui, c’est ce destin national qui lui est prédit, il en est sûr. Si ce n’est pas pour cette fois, tant pis, il réessayera aux prochaines élections.


SPÉCIALISTE


Il est susceptible et intransigeant. Le spécialiste ne supporte pas les ingérences profanes dans sa spécialité. Sa réputation comme référent de la spécialité, il l'a gagnée à force de jouer des coudes et après de longues années d’études et d’intrigues. Il la défend bec et ongles, coûte que coûte. Pendant des décennies personne n’osait contester ses sentences et ses avis éclairés, mais aujourd’hui les choses ont changé.
Il est attaqué, vilipendé, calomnié par de jeunes loups amateurs, dépourvus de connaissance basique scientifique, qui osent remettre en question son savoir. Des impatients qui pensent que quelques cours universitaires mal digérés, impartis par des professeurs nuls, leur donnent le droit d’opiner et polémiquer avec lui.
N’importe qui, doté d'un minimum de jugeote, reconnaîtrait que la solidité de ses arguments font de lui LA référence, une autorité reconnue par des publications scientifiques et les médias, surtout le journal local. L’album de ses articles scientifiques (que personne n'a pris la peine de mettre sur internet) et les manuscrits de ses livres (qu'aucune éditoriale a cru nécessaire de publier) on peut les consulter chez lui, si la demande est faite avec le respect et l’admiration nécessaires.
Il n’y a pas que ces jeunes diplômés, qui osent le défier. Il y a aussi les amateurs de sa spécialité. Des cons qui ont lu un bouquin divulgatif et qui se croient, déjà, qualifiés pour opiner sur ses théories. Qui voudraient rabaisser sa spécialité à matière de brèves de comptoir.
Tout ça pour lui faire du mal. Il le sait, il en a l’intime conviction, derrière toute cette contestation il y a son rival de toute la vie, ancien collègue. C’est lui qui tire les ficelles, qui donne les ordres, qui fait courir la calomnie en mettant en avant l’argument fallacieux qu’il bloque les nouvelles méthodes d’investigation avec sa mentalité rétrograde de vieux spécialiste...
Tout ça le met hors de lui, fait de la fin de sa vénérable carrière un véritable enfer. Toutes ces années de lutte pour mettre hors compétition les collègues de sa génération et, quand il a enfin réussi à devenir le seul, l’unique, LA référence... arrivent ces jeunes cons irrespectueux et ces amateurs fous pour lui pourrir l’existence. Ils veulent sa peau, mais il va résister!
Il va mettre à contribution ses excellentes relations avec les institutions académiques et politiques pour faire taire ces voix discordantes. Il ne partira pas à la retraite avant qu’on ne lui reconnaisse sans réserve son savoir unique.
Il est le seul, le véritable, l’authentique spécialiste, c’est tout!


Son dessein est d'atteindre les plus hautes sphères du pouvoir, là où personne ne peut être plus haute que toi... ça, il le sait depuis toujours. Au lycée déjà, il se voyait comme un leader et il n'épargnait ni stratégies, mensonges et argent pour avoir autour de lui un groupe de fans, d’inconditionnels.

Son fort ce ne sont pas les idées et les convictions, il s’en fout de l'idéologie qu’il défend, et qui peut varier d’une élection à une autre.
Déjà vingt ans qu’il essaie d’être élu, avec un acharnement admirable, et il est devenu un spécialiste de la transversalité politique. Dans tous les staffs et états majors de partis politiques son nom est synonyme de joker, d'homme de main à utiliser comme on veut, en échange de vagues promesses d’une place dans la liste électorale et quelques phrases qui flattent son ego.
Au bout de ces vingt ans de dépenses en campagnes inutiles, toujours avec des affiches arborant sa tête en gros plan, les électeurs le reconnaissent comme quelqu'un de familier, qui fait partie du folklore électoral du département. Personne ne peut, par contre, affirmer qu’il connaît son programme, son projet, ses idées.

Malgré tout, il est arrivé à avoir un certain nombre de voix qui, si elles ne sont pas suffisantes pour être élu, l’ont converti en homme clef pour les négociations du second tour. Et il se venge. Ces candidats qui l’ont longtemps méprisé lui courent après, l'appellent, l’invitent... Il se laisse aimer sans donner aucune réponse claire à aucun d’eux, il se promène bien droit en ville, dit bonjour à tout le monde et distribue partout ce sourire qu’il a répété pendant des années devant son miroir, tout en demandant à sa femme blasée ce qu’elle en pensait, s’il n’en faisait pas un peu trop... bon, il lui demandait son avis quand tant qu'elle était là, avant qu’elle ne le quitte, excédée par ses délires électifs.
La seule chose qui compte, pour lui, c’est ce destin national qui lui est prédit, il en est sûr. Si ce n’est pas pour cette fois, tant pis, il réessayera aux prochaines élections.

 


SPÉCIALISTE


Il est susceptible et intransigeant. Le spécialiste ne supporte pas les ingérences profanes dans sa spécialité. Sa réputation comme référent de la spécialité, il l'a gagnée à force de jouer des coudes et après de longues années d’études et d’intrigues. Il la défend bec et ongles, coûte que coûte. Pendant des décennies personne n’osait contester ses sentences et ses avis éclairés, mais aujourd’hui les choses ont changé.
Il est attaqué, vilipendé, calomnié par de jeunes loups amateurs, dépourvus de connaissance basique scientifique, qui osent remettre en question son savoir. Des impatients qui pensent que quelques cours universitaires mal digérés, impartis par des professeurs nuls, leur donnent le droit d’opiner et polémiquer avec lui.
N’importe qui, doté d'un minimum de jugeote, reconnaîtrait que la solidité de ses arguments font de lui LA référence, une autorité reconnue par des publications scientifiques et les médias, surtout le journal local. L’album de ses articles scientifiques (que personne n'a pris la peine de mettre sur internet) et les manuscrits de ses livres (qu' aucune éditoriale a cru nécessaire de publier) on peut les consulter chez lui, si la demande est faite avec le respect et l’admiration nécessaires.
Il n’y a pas que ces jeunes diplômés, qui osent le défier. Il y a aussi les amateurs de sa spécialité. Des cons qui ont lu un bouquin divulgatif et qui se croient, déjà, qualifiés pour opiner sur ses théories. Qui voudraient rabaisser sa spécialité à matière de brèves de comptoir.
Tout ça pour lui faire du mal. Il le sait, il en a l’intime conviction, derrière toute cette contestation il y a son rival de toute la vie, ancien collègue. C’est lui qui tire les ficelles, qui donne les ordres, qui fait courir la calomnie en mettant en avant l’argument fallacieux qu’il bloque les nouvelles
méthodes d’investigation avec sa mentalité rétrograde de vieux spécialiste...
Tout ça le met hors de lui, fait de la fin de sa vénérable carrière un véritable enfer. Toutes ces années de lutte pour mettre hors compétition les collègues de sa génération et, quand il a enfin réussi à devenir le seul, l’unique, LA référence... arrivent ces jeunes cons irrespectueux et ces amateurs fous pour lui pourrir l’existence. Ils veulent sa peau, mais il va résister!
Il va mettre à contribution ses excellentes relations avec les institutions académiques et politiques pour faire taire ces voix discordantes. Il ne partira pas à la retraite avant qu’on ne lui reconnaisse sans réserve son savoir unique.
Il est le seul, le véritable, l’authentique spécialiste, c’est tout!

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Vendredi 18 février 2011 5 18 /02 /Fév /2011 17:16
- Par L'Œil du Pharynx - Publié dans : Littérature

 

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Tous les vendredis Aleix Renyé , journaliste , écrivain et hommes de scènes nous régale de ses nouvelles

COMA IDYLLIQUE

 

Il vient, encore une fois, de se réveiller dans cette chambre d’hôpital (ce n’est peut être pas la même...) Tôt ou tard apparaîtra le médecin de garde pour lui faire, à nouveau, la morale... ça ne le dérange pas, si c’est la jolie petite brune toute douce qui est de garde, sinon tant pis. Eux et lui savent qu’il reviendra, jusqu’au jour où il n’en ressortira plus. Pour l’instant, ce n’est pas la jolie brune médecin qui lui parle, c’est une vielle connaissance, -femme moche et aussi mal en point que lui, ou presque- qu’il traîne avec lui ça fait quelques jours pour ne pas être seul... Avec sa voix éraillée elle l'accueille à son réveil en lui disant “tu m’as fait un coma idyllique, ducon! tu m’as fait peur!” Qu’est-ce qu’elle peut être bête! Bête, conne, moche et vieille, mais c’est une des dernières connaissances qui veuille encore bien de lui...

Quelques années en arrière il aurait eu honte. En sortant des brumes éthyliques de plusieurs jours ingurgitant toute sorte d’alcools sans s'arrêter, il aurait eu honte. Il n’osait pas regarder en face ni famille, ni voisins car il était encore coscient de sa dégradation progressive, de l’effondrement de sa dignité. Mais avec le temps il assume, le Janot. Le temps anesthésie les remords et il a appris à se passer de toute convention sociale. La honte recule au même rythme que ses instants de lucidité.

 

Son problème c’est qu’il ne sait pas quoi faire de ses journées. Jamais il n'a su en quoi il pouvait être utile, jamais il n'a su trouver un ancrage qui le fasse entrer dans le moule d’un boulot, d’une famille, d’une véritable amitié.

Le seul endroit où il se trouve chez lui, où on fait mine de l’écouter, où on rit de ses jeux de mots alcoolisés, c’est aux comptoirs des bars pourris, ces estaminets et cafés de quartier qui conforment son univers quotidien. Verre après verre il voit défiler les heures creuses, tient compagnie à des patrons et serveurs désoeuvrés, retrouve ses semblables et -s’ il vient de toucher son RSA- demande à l'un de ces pairs de sexe féminin de lui donner un peu de plaisir triste, en entourant son sexe flaccide de ses mains sales tremblotantes, ou de sa bouche édentée. Parfois, l'une de ces conquêtes fortuites lui a donné l’illusion de vivre une histoire d’amour. Pendant deux ou trois jours il promène sa nouvelle compagne de bar en troquet, en rigolant, en s’embrassant, en dansant, indifférents à l’hilarité qu’ils provoquent chez les autres consommateurs, un peu plus sobres qu’eux. Mais elles finissent toujours par disparaître, ses compagnes, en même temps que l’argent du RSA. Commencent alors trois semaines de misère, où il doit implorer quatre sous pour boire, surtout pour boire. Manger? il le fait occasionnellement, quant il est à jeun.

Il est conscient, malgré tout, qu’il est sur cette frontière imprécise où l'on dévient clochard ou pas. Pour l’instant il a encore un toit où aller dormir, s'il ne s’endort pas, avant, sur un banc ou en pleine rue. Pire, s'il ne tombe pas dans un “coma idyllique” comme dit cette idiote qui est avec lui dans la chambre en attendant l’arrivée du médecin (elle est de garde ou pas, la menue brune médecin?). Il ne sait pas combien de temps son corps va tenir... il s'en fout et, au bout de compte, ça ne serait pas si mal que ça,finalement, de mourir d’un “coma idyllique”... 

 

 

BIEN ORGANISE

 

De lundi au vendredi, ça va. Tout s'enchaîne, planning bien huilé, et il n’a pas un instant pour affronter la misère, l’insignifiance de sa vie. Il se lève le matin, toujours à la même heure à la minute près, prend tout juste le temps de boire un café réchauffé . Il rejoint vite sa voiture, fait son trajet qu’il a chronométré, et l’angoisse le prend s’il arrive au premier feu avec cinq minutes de retard. Il passe sa journée au boulot, un travail monotone qui ne lui occupe pas trop l’esprit, en lui laissant le temps et le loisir de commenter avec les collègues le dernier match, ou comme les jeunes filles sont belles quand arrive le beau temps, ce qui se passe dans le dernier reality-show à la télé, etc... Il reste une ou deux heures de plus, chaque jour, au boulot. Comme ça il se fait une cagnotte et, de toute façon, qu’est-ce qu’il foutrait, avant l’heure des infos à la télé et du dîner, s’il sortait du boulot à 17 heures? La eule periode où il sort un peu plus tôt qu'à l'accoutumée c'est quand à la télé ils passent la quotidienne d’un de ces reality-show de jeunes qui s’enferment dans une maison pendant des semaines. Après avoir bien matté les rondeurs et minceurs aguichantes des filles, c’est déjà l’heure de préparer quelque chose à manger et le ramener devant la télé où il trouve toujours quelque chose à regarder. Oui, du lundi à vendredi, il n'y a pas de problème pour faire tourner cette routine sans trop réfléchir.

Le problème c’est le week-end. Trop d’heures vides, creuses, qu’il faut remplir sans que l’angoisse le gagne et qu’il commence à se poser des questions, à réaliser que sa vie n'est qu'une existence prévisible, sans imagination. Le samedi après-midi il fait un tour en centre-ville avec tout ce monde qui emplit les rues, il s’installe sur une terrasse s’il fait bon, il rencontre des connaissances, et il va jusqu'à la Maison de la Presse acheter ses magazines moteur et informatique. Une fois par mois il va jusqu'au sex-shop louer une vidéo (avant il y allait plus souvent, mais maintenant, avec l’ordinateur...). Le dimanche, les magazines, l’ordinateur et le film porno l’aident à contenir l’ennui de ces jours où il ne se supporte plus.

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