Bob Dainar épisode 3 par Guillaume Clavaud

Publié le par L'Œil du Pharynx

 

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Guillaume Clavaud est journaliste au quotidien "l'indépendant", d'abord à la rubrique politique, désormais au sport. Il est l'auteur d'un polar : "Le Banyuls tourne au vinaigre" et à participer au documentaire "La fraude à la chaussette" et enfin auteur du blog politique: http://politique66.blogs.lindependant.com/    

 

Épisode 3

 

"What's up Doc ?" Bugs Bunny.

 

… un grand échalas échevelé nageant dans son jean baggy portant casquette à l'envers et bombe à la main. Un rappeur de magazine. Le gars décalotta l'aérosol et s'apprêta à éjaculer sa peinture. Bob se souvint qu'à cet instant il avait voulu lui sauter sur le râble et lui faire bouffer son pinceau d'alu, mais il voulait le prendre sur le fait. Il le laissa donc dépasser les préliminaires. Une fois bien secouée, la bombe cracha. Visiblement expert en graf le hip-hopeur suisse transforma le « de pipes » en « de pistes ». Il écrivit encore, alors qu'un sourire lui barrait désormais le visage, « parce que tailleur, c'est toujours mieux qu'ici...» C'est à ce moment que Bob lui tapa sur l'épaule avant de lui taper sur la gueule.

 

- Ca c'est pour le mur que tu viens de saloper.

Moins souriant, le graffeur se releva bredouillant avec aplomb - ce qui n'est tout de même pas commun comme attitude, vous en conviendrez.

- Vous préfériez pipes peut-être ?

- Ca dépend qui me la fait, ironisa Robert. En tout cas tu vas me filer des ronds pour que je fasse nettoyer ce mur.

Le gamin, car c'en était un malgré son mètre quatre-vingt-dix, lui tendit une liasse de francs suisses, preuve que dans ce beau pays on pouvait traîner fagoté comme un bouquet garni et avoir quelque oseille. Bob l'arrêta

- Non mon gars, je veux des dollars car je m'appelle Dainar.

Dans les yeux effrayés du bombeur, Robert lu qu'il n'avait pas compris l'allusion, il se contenta donc d'empocher les francs suisses et de balancer un tout aussi allusif « bouge de là ! » qui ne souffrait aucune contestation.

 

C'est ce jour-là que Dainar sut qu'il était fait pour autre chose que pour tailler du bois, du marbre ou des pipes. Il avait alors tout plaqué pour s'engager comme mercenaire auprès d'un organisme de sécurité paramilitaire privé qui assurait la pérennité des activités minières d'une boite suisse spécialisée dans le diamant en Angola. Il avait aussi une proposition pour fabriquer son licence chinoise des coucous à Bâle, « mais, pensa-t-il alors, mieux vaut le trou du cul du monde en Angola que le trou de Bâle ». « Voilà ce qu'aurait pu écrire le grand Gallo », pensa Bob alors que Jane pénétrait – hum ! - à nouveau dans son antre.

 

- Patron, il y a là une certain Argatha Crispies qui souhaiterait vous voir. Je lui ai dit qu'il fallait un rendez-vous, mais elle insiste. Je fais quoi ?

 

Bob, ce bandit, banda puis bondit.

 

- Argatha Crispies, la fille de Klaus Crispies ! Celle qui en Angola – les souvenirs remontaient à la surface – a dompté Frosty le Tigre ! Faites entrer. Et relevez votre jean Jane on voit votre string.

 

Victime d'une association d'idée incongrue, il décida de lancer une CD de Police car il adorait la voie de son chanteur et bassiste. Enfin bref, tout se mélangeait un peu dans sa caboche : sa mission en Angola, les sous-vêtements de Jane, ceux d'Argatha, surtout quand elle n'en portait pas, et Frosty le Tigre qu'il avait revu récemment dans un cirque pouilleux dans un numéro avec Quicky le Lapin.

Argatha entra. C'était une grande teutone frisée, ce qui pour une teutone, hein !, paraissait normal – oui bon c'est raciste, enfin, c'est ce que pensera ma femme, mais bon ça va c'est un roman et si je veux faire une allusion douteuse, j'ai le droit ; c'est pas comme si j'avais dit qu'elle avait des cheveux vert de gris ; ok ! En tout cas elle avait des yeux de biche. Donc cette grande allemande, aux cheveux ondulants comme l'onde du mascaret et aux yeux romantiques tel ceux de Bambi chialant sur la mort – pas si pathétique que ça finalement pour un gibier - de sa mère, surgit.

 

- Rrrobertt ! Comment tallez fous mein liebe ? Che chuis ravie de fous refoir ! (Dans le souci de faciliter le travail de l'auteur, le lecteur fera désormais l'effort d'imaginer l'accent d'Argatha parce que merde après tout, c'est pas mon job, déjà qu'on n'est pas cher payé, hein, on n'en a pas parlé de ça, monsieur le commanditaire de cette oeuvre).

 

Bref, les effusions c'est bon quand ça n'infuse pas trop longtemps. Bob brisa l'élan de la biche.

- Ouais bon ça va chérie. Que me vaut l'honneur de ta visite ici à Perpignan ?

- Eh bien voilà... Mon fiancé, Soulemane le Magnifique que j'avais rencontré blabla blabla bla..., eh bien il a disparu. Il était parti traiter avec le roi d'Erythrée, blabla blabla bla... La dernière fois que j'ai eu de ses nouvelles, blabla blabla bla..., il quittait l'Ethiopie pour la Somalie.

"Alerte ! Alerte ! Code rouge !" Le gyrophare cérébral de Bob se mit à tourner et sa sirène intérieure se mit à hurler. Argatha avait parlé de Somalie. Et ça, ah ah, Mister Dainar connaissait. Et il avait bien l'intention de faire d'une pierre deux lapidations. Voilà ce qu'il pensait : « J'appelle mes pirates de clients et : Un, ils retrouvent Soulemane le Magnifique et je suis un héros auprès d'Argatha. Deux, la communauté internationale, enfin au moins africaine, leur doit le retour à la vie du grand Soulemane et voilà leur blason redoré. Ma mission auprès d'eux est accomplie. Je gagne sur les deux tableaux et peut-être même que je pourrais me taper Argatha. » Il décrocha son téléphone pour joindre son relais africain, Berner Kouchnard, et mettre en branle toute sa dream team.

 

Au fil de ses missions sur le continent noir, il avait eu la chance de rencontrer, de servir ou de se lier d'amitié avec d'éminents émissaires de la Françafrique tels que Jean-Christophe Pittrerrant, Herve Bourgeois, Alain Serrand ou Jack Fauxcard. Avec une telle équipe, Robert Dainar pensait bien, à cet instant, résoudre rapidement l'affaire Soulemane et répondre facilement aux attentes des pirates somaliens. Sûr de sa prochaine réussite, Bob se renversa sur son fauteuil, croisa les pieds sur son bureau, contempla d'abord par la baie vitrée de son office les badauds place Saint-Jean avant de revenir, un sourire aussi béat que niais sur la figure, vers Madame Crispies et sa capacité pulmonaire à faire pâlir Jacques Mayol. "Mais au fait, tilta-t-il tout à coup, pourquoi y a-t-il un R à Argatha ?"

 

À suivre...

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