Des nouvelles d'Aleix Renyé par l'auteur lui-même... La suite !

Publié le par L'Œil du Pharynx

 

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Le journaliste et écrivain Aleix Renyé,nous régale tous les vendredis de ses nouvelles. Cette semaine, "La Maison de la plage" et "Le Centre aéré".


LA MAISON DE LA PLAGE

 

Ils se sont fâchés, à nouveau, pendant le repas, en présence des enfants qui faisaient mine de regarder la télé. Lui ne veut pas comprendre qu’elle en a assez, qu’elle ne supporte plus ce vide, ce "rien-du-tout"... qu’il lui faut changer quelque chose... Elle ne sait quoi, mais vite.

 

Elle lui a annoncé que non, qu’elle n’irait pas, cette année, à la maison de la plage avec toute la famille; Cette petite, trop petite maison que lui et ses frères possèdent en bord de mer. Cette maison où ils ont passé tous, oui, tous les étés depuis leur mariage.

 

Maisonnette où s’entassent, le mois d'août, beaux-frères et belles-soeurs, nièces et neveux, oncles et tantes... Une promiscuité familiale dont elle fut une fervente partisane quelques années plus tôt, comblée à l'idée de rendre son mari heureux.

 

Mais c’est fini, elle ne sait pourquoi, c’est fini, elle n’a plus envie. Elle ne pourrait supporter ces salades quotidiennes, la plage avec les fils et neveux -les petits et les ados- , les regards malicieux et petits accolades des beaux-frères, les soirées interminables, ennuyeuses, en famille, les ragots des belles-soeurs...

 

Non, elle ne pourrait plus supporter son mari, ivre de bière et de libido -titillée après avoir regardé sans retenue, devant elle, des corps adolescents inaccessibles sur la plage-.

 

Elle lui a tout dit, ce soir, tout ce qu'elle a ressenti cet hiver et dont la raison, encore aujourd’hui, reste inexpliquée. Ces liens qui se distendent petit à petit, ce sentiment d’avoir un étranger à ses côtés, ces caresses domestiques sans imagination qui lui procurent plus de dégoût que de désir...

 

Non, elle ne sait pas ce qu’elle veut.

 

La seule chose dont elle soit sûre, surtout, c'est qu'elle veut qu’on lui fiche la paix, cet été, elle veut rester seule.

 

Sa seule certitude : elle ne remettra plus jamais les pieds dans la maison de la plage !

 

 

 

LE CENTRE AÉRÉ

 

Quand c’est pas son père, c’est sa mère qui insiste de façon forcé et peu convaincante: “tu verras, tu vas te régaler au centre aéré, tu vas te faire des copains de ton âge...” Lui, ne veut pas leur faire de la peine, il n’ose pas leur dire que d'accord, quil ira à la piscine, faire du cheval, camper et tout et tout... mais que ce qu’il voudrait, surtout, c’est qu’on l’aime pendant les vacances, qu’on fasse attention à lui, qu'il veut passer des heures avec eux et les voir heureux, contents, sans être pressés... comme l’été d’il y a deux ans. L’été où ses parents l’ont emmené avec eux pendant quinze jours, seuls tous les trois. Il se souvient de son père, gentil, qui lui parlait et jouait avec lui, sans cet air renfrogné, grave et fatigué qu’il a chaque soir quand il rentre. Et sa mère toute belle, souriante, sans cris, sans qu’elle ne parle que des devoirs de l’école... Et tous les deux sans se disputer.

 

Non, il ne dira rien. Il voit bien qu’il dérange, cette année. Après les quinze jours au centre aéré, il devrait aller chez l’oncle Rémy, en Cerdagne. “Tes petites cousines t’attendent déjà, c’est sûr que l’air de la montagne ça te fera du bien”. D'accord, mais il ne sait pas ce qu’ils vont faire, pendant ce temps, ses parents. Il n’a pas entendu parler de vacances, rien. Hier il a posé la question à maman, quand elle voulait le convaincre que “les petites cousines sont très gentilles”.

 

Il a eu envie de pleurer quand maman, les yeux brillants, lui a répondu: “Non, rien de particulier, ton père et moi on doit parler de beaucoup de choses... mais ce sont des affaires de grandes personnes... toi, tu dois profiter de la chance que tu as, cet été...”

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