Des nouvelles d'Elisabeth TORRES DUXANS par elle-même 2

Publié le par L'Œil du Pharynx

Il le regarda attentivement. Cela aurait pu être lui. Et son cœur se remit à battre furieusement.

Il repensa au duel, comment il s’était préparé à cette rencontre. Il n’avait pas pu fermer l’œil de la nuit, la peur au ventre, avide de vie.

Tous les mois, Elisabeth TORRES DUXANS nous régale de ses nouvelles torres.jpg

 

Résolu à aller jusqu’au bout, il se prépara lentement. Il bu et en apprécia chaque rasade. Le jour pointait, les brumes jouaient à modifier le paysage. Il alla près de la petite commode et après avoir imbibé d’eau la serviette dont il s’était saisi, fit sa toilette apposant celle-ci minutieusement, consciencieusement, sur chaque partie de son corps ; peut-être pour la dernière fois et il en apprécia chaque tamponnage.

Après avoir choisi soigneusement d’ailleurs avec trop de soins sa tenue : un veston légèrement pourpré et soyeux fait sur mesure. Quelle situation dérisoire !

Il ne voulut pas prendre de voiture à cheval pour se rendre sur les lieux. Il préféra y aller à pied, en longeant la lisière et profiter, respirer à pleins poumons. Cela le rendait vivant. Il arriva un peu essoufflé, sans voix et pâle. Ses yeux ne virent que son adversaire et il commença à perdre de vue ce qui l’entourait. Ses yeux s’embuèrent, un pincement au cœur et une boule qui ne lui permettait plus de  déglutir correctement. Son cœur s’emballa.

Mais le témoin présent sortit sa montre à gousset et rappela aux deux adversaires qu’il était temps de se préparer au duel. Quelle marrade! Comme s’il ne s’y était pas préparé; Il n’avait fait que cela.  Répétant les pas, les gestes et espérant que rien ne puisse trahir son état d’anxiété. 

Ils prirent position dos à dos lorsqu’un rayon de soleil s’infiltra parmi les feuillages et vint languir ses chaussures. Il les avait gardées même usées, c’était celles qui le transportait dans ses recherches, à la rencontre des personnes qu’il sollicitait pour élaborer ses articles.

Le signal fut donné, les pas résonnaient déjà dans sa tête et comme dans un rêve, machinalement le pied droit anticipait inéluctablement le pied gauche qui en faisait de même. Six pas, six petits pas ; Il y était.

Il se retourna et comme l’aurait fait un automate, il attrapa son pistolet, tendit son bras pour viser. Il savait qu’il n’avait pas droit à l’erreur : un seul coup, un seul. La détonation retentit à en exploser ses tympans, la vue se brouilla, sa respiration se fit plus lente, son esprit s’embrouilla, ses jambes défaillirent et son cœur explosa. Il crut mourir et il lui fallut bien cinq bonnes minutes pour comprendre que le témoin s’affairait auprès de l’autre. Non, ce n’était pas lui l’objet de toutes les attentions mais son homologue, rédacteur d’un autre journal « cri d’aube » qui, se trouvait  allongé sur l’herbe à même la rosée. Il ne savait plus s’il devait être satisfait de cette situation, se réjouir d’être vivant, de respirer, d’être là présent, le cœur battant encore la chamade, s’émouvoir ou pleurer.

Son honneur était sauf mais au détriment d’une vie. Cela aurait pu être la sienne.

 

 

 

Elisabeth TORRES DUXANS Le duel

 

 

 

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