Des nouvelles d'Aleix Renyé par l'auteur lui-même 29

Publié le par L'Œil du Pharynx

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Tous les vendredis, Aleix Renyé journaliste, écrivain et homme de scène nous donne de ses nouvelles.

 

CANDIDAT

Son dessein est d'atteindre les plus hautes sphères du pouvoir, là où personne ne peut être plus haut que toi... ça, il le sait depuis toujours. Au lycée déjà, il se voyait comme un leader et il n'épargnait ni stratégies, mensonges et argent pour avoir autour de lui un groupe de fans, d’inconditionnels.

Son fort, ce ne sont pas les idées et les convictions, il s’en fout de l'idéologie qu’il défend, et qui peut varier d’une élection à une autre.
Déjà vingt ans qu’il essaie d’être élu, avec un acharnement admirable, et il est devenu un spécialiste de la transversalité politique. Dans tous les staffs et états majors de partis politiques son nom est synonyme de joker, d'homme de main à utiliser comme on veut, en échange de vagues promesses d’une place dans la liste électorale et quelques phrases qui flattent son ego.
Au bout de ces vingt ans de dépenses en campagnes inutiles, toujours avec des affiches arborant sa tête en gros plan, les électeurs le reconnaissent comme quelqu'un de familier, qui fait partie du folklore électoral du département. Personne ne peut, par contre, affirmer qu’il connaît son programme, son projet, ses idées.

Malgré tout, il est arrivé à avoir un certain nombre de voix qui, si elles ne sont pas suffisantes pour être élu, l’ont converti en homme clef pour les négociations du second tour. Et il se venge. Ces candidats qui l’ont longtemps méprisé lui courent après, l'appellent, l’invitent... Il se laisse aimer sans donner aucune réponse claire à aucun d’eux, il se promène bien droit en ville, dit bonjour à tout le monde et distribue partout ce sourire qu’il a répété pendant des années devant son miroir, tout en demandant à sa femme blasée ce qu’elle en pensait, s’il n’en faisait pas un peu trop... bon, il lui demandait son avis quand tant qu'elle était là, avant qu’elle ne le quitte, excédée par ses délires électifs.
La seule chose qui compte, pour lui, c’est ce destin national qui lui est prédit, il en est sûr. Si ce n’est pas pour cette fois, tant pis, il réessayera aux prochaines élections.


SPÉCIALISTE


Il est susceptible et intransigeant. Le spécialiste ne supporte pas les ingérences profanes dans sa spécialité. Sa réputation comme référent de la spécialité, il l'a gagnée à force de jouer des coudes et après de longues années d’études et d’intrigues. Il la défend bec et ongles, coûte que coûte. Pendant des décennies personne n’osait contester ses sentences et ses avis éclairés, mais aujourd’hui les choses ont changé.
Il est attaqué, vilipendé, calomnié par de jeunes loups amateurs, dépourvus de connaissance basique scientifique, qui osent remettre en question son savoir. Des impatients qui pensent que quelques cours universitaires mal digérés, impartis par des professeurs nuls, leur donnent le droit d’opiner et polémiquer avec lui.
N’importe qui, doté d'un minimum de jugeote, reconnaîtrait que la solidité de ses arguments font de lui LA référence, une autorité reconnue par des publications scientifiques et les médias, surtout le journal local. L’album de ses articles scientifiques (que personne n'a pris la peine de mettre sur internet) et les manuscrits de ses livres (qu'aucune éditoriale a cru nécessaire de publier) on peut les consulter chez lui, si la demande est faite avec le respect et l’admiration nécessaires.
Il n’y a pas que ces jeunes diplômés, qui osent le défier. Il y a aussi les amateurs de sa spécialité. Des cons qui ont lu un bouquin divulgatif et qui se croient, déjà, qualifiés pour opiner sur ses théories. Qui voudraient rabaisser sa spécialité à matière de brèves de comptoir.
Tout ça pour lui faire du mal. Il le sait, il en a l’intime conviction, derrière toute cette contestation il y a son rival de toute la vie, ancien collègue. C’est lui qui tire les ficelles, qui donne les ordres, qui fait courir la calomnie en mettant en avant l’argument fallacieux qu’il bloque les nouvelles méthodes d’investigation avec sa mentalité rétrograde de vieux spécialiste...
Tout ça le met hors de lui, fait de la fin de sa vénérable carrière un véritable enfer. Toutes ces années de lutte pour mettre hors compétition les collègues de sa génération et, quand il a enfin réussi à devenir le seul, l’unique, LA référence... arrivent ces jeunes cons irrespectueux et ces amateurs fous pour lui pourrir l’existence. Ils veulent sa peau, mais il va résister!
Il va mettre à contribution ses excellentes relations avec les institutions académiques et politiques pour faire taire ces voix discordantes. Il ne partira pas à la retraite avant qu’on ne lui reconnaisse sans réserve son savoir unique.
Il est le seul, le véritable, l’authentique spécialiste, c’est tout!


Son dessein est d'atteindre les plus hautes sphères du pouvoir, là où personne ne peut être plus haute que toi... ça, il le sait depuis toujours. Au lycée déjà, il se voyait comme un leader et il n'épargnait ni stratégies, mensonges et argent pour avoir autour de lui un groupe de fans, d’inconditionnels.

Son fort ce ne sont pas les idées et les convictions, il s’en fout de l'idéologie qu’il défend, et qui peut varier d’une élection à une autre.
Déjà vingt ans qu’il essaie d’être élu, avec un acharnement admirable, et il est devenu un spécialiste de la transversalité politique. Dans tous les staffs et états majors de partis politiques son nom est synonyme de joker, d'homme de main à utiliser comme on veut, en échange de vagues promesses d’une place dans la liste électorale et quelques phrases qui flattent son ego.
Au bout de ces vingt ans de dépenses en campagnes inutiles, toujours avec des affiches arborant sa tête en gros plan, les électeurs le reconnaissent comme quelqu'un de familier, qui fait partie du folklore électoral du département. Personne ne peut, par contre, affirmer qu’il connaît son programme, son projet, ses idées.

Malgré tout, il est arrivé à avoir un certain nombre de voix qui, si elles ne sont pas suffisantes pour être élu, l’ont converti en homme clef pour les négociations du second tour. Et il se venge. Ces candidats qui l’ont longtemps méprisé lui courent après, l'appellent, l’invitent... Il se laisse aimer sans donner aucune réponse claire à aucun d’eux, il se promène bien droit en ville, dit bonjour à tout le monde et distribue partout ce sourire qu’il a répété pendant des années devant son miroir, tout en demandant à sa femme blasée ce qu’elle en pensait, s’il n’en faisait pas un peu trop... bon, il lui demandait son avis quand tant qu'elle était là, avant qu’elle ne le quitte, excédée par ses délires électifs.
La seule chose qui compte, pour lui, c’est ce destin national qui lui est prédit, il en est sûr. Si ce n’est pas pour cette fois, tant pis, il réessayera aux prochaines élections.

 


SPÉCIALISTE


Il est susceptible et intransigeant. Le spécialiste ne supporte pas les ingérences profanes dans sa spécialité. Sa réputation comme référent de la spécialité, il l'a gagnée à force de jouer des coudes et après de longues années d’études et d’intrigues. Il la défend bec et ongles, coûte que coûte. Pendant des décennies personne n’osait contester ses sentences et ses avis éclairés, mais aujourd’hui les choses ont changé.
Il est attaqué, vilipendé, calomnié par de jeunes loups amateurs, dépourvus de connaissance basique scientifique, qui osent remettre en question son savoir. Des impatients qui pensent que quelques cours universitaires mal digérés, impartis par des professeurs nuls, leur donnent le droit d’opiner et polémiquer avec lui.
N’importe qui, doté d'un minimum de jugeote, reconnaîtrait que la solidité de ses arguments font de lui LA référence, une autorité reconnue par des publications scientifiques et les médias, surtout le journal local. L’album de ses articles scientifiques (que personne n'a pris la peine de mettre sur internet) et les manuscrits de ses livres (qu' aucune éditoriale a cru nécessaire de publier) on peut les consulter chez lui, si la demande est faite avec le respect et l’admiration nécessaires.
Il n’y a pas que ces jeunes diplômés, qui osent le défier. Il y a aussi les amateurs de sa spécialité. Des cons qui ont lu un bouquin divulgatif et qui se croient, déjà, qualifiés pour opiner sur ses théories. Qui voudraient rabaisser sa spécialité à matière de brèves de comptoir.
Tout ça pour lui faire du mal. Il le sait, il en a l’intime conviction, derrière toute cette contestation il y a son rival de toute la vie, ancien collègue. C’est lui qui tire les ficelles, qui donne les ordres, qui fait courir la calomnie en mettant en avant l’argument fallacieux qu’il bloque les nouvelles
méthodes d’investigation avec sa mentalité rétrograde de vieux spécialiste...
Tout ça le met hors de lui, fait de la fin de sa vénérable carrière un véritable enfer. Toutes ces années de lutte pour mettre hors compétition les collègues de sa génération et, quand il a enfin réussi à devenir le seul, l’unique, LA référence... arrivent ces jeunes cons irrespectueux et ces amateurs fous pour lui pourrir l’existence. Ils veulent sa peau, mais il va résister!
Il va mettre à contribution ses excellentes relations avec les institutions académiques et politiques pour faire taire ces voix discordantes. Il ne partira pas à la retraite avant qu’on ne lui reconnaisse sans réserve son savoir unique.
Il est le seul, le véritable, l’authentique spécialiste, c’est tout!

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