Des nouvelles d'Aleix Renyé par l'auteur lui-même... La suite.

Publié le par L'Œil du Pharynx

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Deux nouvelles de l'écrivain et journaliste Aleix Renyé qui sont de saison : Plage et clin d'oeil à "Visa pour l'image", grand reporter !

 

 

Plage

 

“Vous avez un littoral magnifique! si nous habitions ici, nous irions à la plage chaque jour...” Chaque année c’est pareil, la famille de Paris n'arrête pas de l'embêter avec la plage et il finit par céder. Les enfants et sa femme -il faut le reconnaître- ça leurs fait plaisir mais... “papa, si on va à la plage... on peut emmener des amis?” “Un de plus où un de moins..”, se dit-il, résigné...

 

La voiture pleine d’enfants, pelles, seaux, ballons, frezzbee, bouées, serviettes, glacière, sacs et parasol, l'expédition est prête à partir. Sa femme fait le checkpoint et donne l’ordre de marche. Au bout d’un trajet apocalyptique dans les embouteillages, avec des cris, pleurs, rires et bagarres dans les oreilles, ils arrivent à la plage. Evidentment, la voiture il faut la garer loin, très loin de l’eau, bien organiser l’expédition, repartir le matériel entre les expéditionnaires qui restent tout près, vu que les plus grands et costauds se sont échappé en courant vers la plage, en défiant son autorité, déjà bien mince en temps normal.

 

Le trajet devient interminable avec les plus petits qu’il faut porter, en plus de tout le matériel, ce qui les fait ressembler à des vendeurs ambulants. Au bout de l’exploit, l’eau!

 

Impossible de trouver une bonne place pour une troupe aussi nombreuse et bruyante, tant pis, ils squattent à un mètre des voisins. Deux minutes après l’installation du champ (délimitation de l’enceinte avec des sandales, sacs et serviettes, le QG sous le parasol) déjà les enfant ont lancé du sable sur les sanwitchs d’un couple d'allemands, et donné un coup de raquette à un enfant de nationalité imprécise... Excuses embarrasses et allez hop! il envoie tout le monde à l’eau. Enfin, il peut mater un peu autour de lui, en essayant que sa femme ne se n'aperçoive pas. Deux para-soleils plus loin il aperçoit un groupe plus où moins similaire au sien, avec des êtres à la peau blanchâtre, et il lance un regards solidaire au mâle alpha que garde sa meute. Comme lui, ce mâle lance des regards libidineux aux autres spécimens humains de sexe féminins aux peaux brunes où brûlées... Il a pas trop le temps de s'émerveiller que, déjà, des cris stridents le font se lever pour aller sauver le plus petit, renversé par une vague, et il profite pour dire aux plus grands qu’ils laissent en paix les deux belles pre-adolescentes, celles sous le para-soleil jaune. Pour les distraire, il rentre dans l’eau et joue avec eux -sans en avoir envie- avec le ballon de plage. Il profite que le ballon va rebondir sur le ventre proéminent d’un touriste français (pour les jurons proférés, il pourrait affirmer qu’il venait du nord).

 

Il a pas le temps de s’allonger que toute la troupe réclame des glaces, un beignet, un coca... Résigné à endurer tous les martyres, le mâle entreprend la traversé du sable brûlant pour aller jusqu’au bar de la plage, passer commande, et revenir chargé de cornets, magnums, cocas, beignets, chouchous et autres caprices de plage.

 

Si tout se passe bien -si on peut dire- au bout de trois heures de cris, rires, bagarres, pleurs et baignades il donnera l’ordre de retraite que, immanquablement, va trouver une opposition organisé. Il faudra une bonne demi heure d’ardues négociations pour lever le champ. Dans la voiture, le plus petit ne manquera pas de de l’embrasser très fort et lui dire, tout mignon: “On s’est régalé, ein, papa? On revient demain, papa?”

 

 

 

Grand Reporter

 

“J’arrive juste d’Irak, via le Kuwait. Avant j’ai fait un shot-reportage sur les aborigènes en Australie, en attendant l’autorisation d’entrer au Tibet. J’ai du changer mes plans, on me demande, après Visa, d’aller en Afganisthan avec mes contacts du Tadjikistan, ceux que j’ai connu en Bosnie...”

 

Tout ça il le raconte pendant des heures à qui veut bien l’écouter, assis à la terrasse du bar, juste devant l'entrée de la sale de presse et du secrétariat d'accréditations du festival. Pendant quinze jours il ne déserte pas son poste, habillé en photo-reporter intrépide: pantalon kaki plein de poches inutiles, gilet de camouflage sans manches -plein de poches aussi- l'accréditation officielle (il a un bon copain à la mairie qui bosse avec l’organisation du festival et qui chaque année l’inscrit d’office) bien en vue, un sac publicitaire de Paris-Match, un appareil photo sophistiqué autour du cou, deux autres en bandoulière et plein de téléobjectifs puissants dans un sac Nikon.

 

Il ne s'aperçoit pas qu’ils sont nombreux, ceux qui l’écoutent pour se moquer de lui. Au bout des années il a acquis une renommé qui transcende son cercle d’amitiés. Il s’en fout, si déguise de la sorte il croise des gens qui le côtoient dans la ville pendant toute l’année. Imbu de son personnage, il fait mine de pas les connaître...

 

Quand Visa fermera ses portes, quand tous les grands photo-reporters seront partis vers ses capitales où vers ses guerres et lointaines destinations, quant toute l’armée d’organisateurs parisiens auront déserté sa terrasse, il retournera à son petit studio plein de belles reproductions. Les dimanches, il sortira ses appareils sophistiqués et ses téléobjectifs puissants pour faire ces très belles photos du Canigou que sa famille et ses amis aiment tant.

Publié dans Littérature

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