Des nouvelles d'Aleix Renyé par l'auteur lui-même 7

Publié le par L'Œil du Pharynx

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Journaliste, écrivain et homme de scène Aleix Renyé, nous délivre de ses nouvelles tous les vendredi, jour du poisson!

 

DORADES

Le patron du restaurant l'agace, avec ses exigences et ses jurons. Juste avant de commencer le service du soir il lui a crié dessus -et aussi au chef, au cuistot et aux autres serveurs- parce que “vous n'êtes pas capables, en trois jours, d’écouler ces dorades!”

 

Il est vrai que les dorades commencent à sentir très fort et il en reste une dizaine... “Vous êtes des incapables! Ce soir je veux que toutes les dorades partent! Faites comme vous voulez, je n'en ai rien à foutre! Si à la fin du service il reste des dorades, je vous les fais avaler toutes crues!”

 

Tout ça le dépasse, il n’imaginait pas ça, pour son premier emploi comme serveur ... un restaurant minable de saison, sur la côte . Il ne sait pas faire la réclame et mentir aux clients, touristes où pas. Il vient juste d’avoir son diplôme de l'École Hôtelière avec mention et il veut servir dans des grands restaurants, il a pris ce boulot d’été pour les sous, pour se constituer une cagnotte. Mais le patron ne n’a “rien à foutre!” de ses aspirations, son plan de carrière, et s’acharne sur lui, plus que sur les autres.

 

Il a honte pendant tout le service, en essayant de “vendre” une de ces dorades pas trop fraîche à toutes les tables qu’il sert. En plus il s’est aperçu qu'à cette table de jeunes de son âge -il n’ont pas voulu de dorade, ils ont pris de calmars à la plancha et une paella pour quatre- ils rigolent en voyant son manège, comment il débite sa rengaine sur les dorades à chaque table.

 

Avec un air faussement confidentiel, en prenant des airs d’expert, il explique: “aujourd'hui comme poisson frais on a des dorades, croyez-moi, ça serait dommage que vous ne les goûtiez pas, c’est pas chaque jour qu’on a des poissons comme ça...” Il manque une heure pour la fin du service et il reste, encore, cinq dorades. 


 

GROSSE

Elle est heureuse, aimable, elle semble posséder une sorte d'état de grâce qui la rend imperméable au mépris, aux regards hautains qu’elle provoque. Elle est grosse, difforme. Marcher lui est devenu pénible, avec ses courtes jambes gonflées par les varices. Ses mouvements sont lents, beaucoup trop lents pour les gens pressés qui la dépassent en marchant.

 

Les voisins murmurent que, en plus, elle est sale, qu’elle n'aime pas trop l'effort quotidien de l'hygiène personnel. C’est vrai, qu’elle sent. Odeurs de sueur rance, de plis mal lavés, cette odeur provoquée par l’accumulation de l’âge avancé et des années de laisser-aller.

 

Elle partage sa vie avec trois chiens et une multitude de chats, dans un rez-à-chaussé sombre et décrépite, avec une seule fenêtre qui donne sur un impasse du vieux village. Un sofa défraîchi -que lui ont donné les anciens voisins, des maghrébins partis habiter en ville- lui sert de lit, de table, de canapé. Elle y est jour et nuit, en promiscuité totale avec les animaux qui l'entourent et l’aiment.

 

Quand elle doit sortir, pour faire des courses, chercher le mandat à la Poste, pour aller jusqu’à la garrigue de temps en temps, elle y va avec ses trois chiens, en laisse. Sans eux, elle serait incapable d’avancer, de se déplacer. C'est dans ces moments là, où elle ose se montrer aux autres, qu’elle doit supporter les regards obliques, les insultes des enfants, les klaxons et les réflexions des conducteurs des voitures qui ne peuvent pas circuler dans les rues étroites du village quand elle y passe.

 

Mais elle s’en fout, maintenant... ce n’était pas le cas avant, quand elle était jeune adolescente. Quand les garçons de son âge se moquaient sans arrêt d’elle en public et que, parfois, quelques uns allaient la voir en cachette, obsédés par ses rondeurs abondantes.

 

Les années lui ont endurci l’âme, des croûtes successives de mépris, de refus, de désenchantement, l’ont protégé, rendu forte, lui ont forgé une cuirasse de gentillesse. Elle est heureuse dans son introspection et son amour pour la vie, qu’elle partage -comme sa nourriture- avec ses compagnons.

 

Elle se contente, pour vivre une bonne journée, de ce rayon de soleil qui entre le matin, en hiver, à travers la fenêtre, de cette odeur iodé de marinade et du morceau de chocolat qu’elle s’autorise à l'heure du goûter. Elle est heureuse. Tant pis si les autres ne le comprennent pas!

Publié dans Littérature

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emma 29/09/2010 14:26


je viens de tomber sur ce blog qui se dit culturel.
je pensais que la culture amenait a une vrai ouverture d'esprit!
et le 3 eme billet que je lit et non seulement loin d'être culturel, mais c'est une vrai dégradation des gens gros en général !
les gens gros peuvent être trés heureux , ne pas avoir de moisi dans les plis de leurs corps, avoir une vrai vie sociale en dehors de leurs animaux domestique, et on d 'autres plaisir que se manger
un morceau de chosolat au gouter .