Des nouvelles d'Aleix Renyé par l'auteur lui-même 8

Publié le par L'Œil du Pharynx

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Journaliste, écrivain et homme de spectacle, Aleix Renyé nous régale de ses nouvelles chaque vendredi.


ACCIDENT

 

Il ne va pas le croire, le patron, qu’il s’agit d’un accident. Il s’en fout. Il a un oeil gonflé et une lèvre ouverte, mais il est fier, satisfait et content de lui. Le SAMU essaie d’arrêter l’hémorragie et, à côté, ils s'occupent de ce con de 75, encore inconscient. Les pompiers ont eu du mal pour l’extraire de sa Scénic, pliée comme un accordéon. Les flics ne sont pas loin, en train de parler avec des témoins et, à en juger par les regards noirs qu'ils lui lancent, il n'est pas prêt de rentrer à la maison.

 

Le patron... bon, il n'aura pas à se plaindre beaucoup . Le camion il n’a rien, quelques égratignures au para-choc arrière et quelques traces de peinture du 75.

 

Si la police lui demande pourquoi il a fait ça, il sera bien emmerdé.. il n’en sait rien, pourquoi. Il n'a pas pu l'éviter, c’est tout. Pendant longtemps il se disait que ça serait pas mal, un jour, de faire ça... La seule chose qu'il peut expliquer aux flics c’est qu’il en a marre, de se faire insulter, crier dessus. Pendant dix ans, chaque jour, au volant du camion, il doit livrer en centre-ville, dans ces rues étroites et pleines de monde. Et chaque fois qu’il s'arrête, une longue file de voitures se forme, avec le concert de klaxons qui va avec et les insultes qui s’ensuivent. D’habitude il est compréhensif, surtout le matin, avec ces automobilistes stressés qu’il bloque le temps de faire sa livraison. Il ferait pareil, s’il était en retard. Ceux-là, ils sont travailleurs comme lui et à ce titre, il se sent solidaire.

 

Ce qui le met hors de lui, l’été arrivé, ce sont ces touristes hautains et pressés, qui, malgré qui'ils soient en vacances, sont plus agressifs et véhéments que les gens du coin. Touristes rouge-crevette qui ne supportent pas d'être bloqués cinq minutes par son camion. Pendant des années il a imaginé le scénario de sa vengeance. Des jours et des jours, il a conduit avec un sourire au coin des lèvres tout en visualisant avec délectation le plaisir non dissimulé procuré par l'instant où il allait écraser, en marche arrière et en accélérant à fond, une de ces voitures neuves d’un touriste gueulard et mal élevé...

 

Et aujourd’hui il l’a fait. La Scénic elle est bonne pour la casse et son conducteur pour l’hôpital.. et il n’arrive pas à avoir de la peine...

 

 

DE MAUVAIS POIL


Ca va, ça va, elle le sait qu’elle est exécrable aujourd’hui avec ses collègues, elle n’avait pas besoin qu’on le lui en fasse la remarque et, encore moins, que la remarque vienne de la directrice. Mais faudrait bien comprendre qu’elle n'en a rien à cirer de ses collègues, avec qui elle est obligée de passer huit heures interminables par jour.... Si aujourd’hui elle est mal lunée, de mauvaise humeur, alors tant pis, ils n'ont pas qu’à l’emmerder !

 

Non, quand même, elle n’ira pas leur raconter ses problèmes ni ses soucis !

 

En fait, ce qui la tracasse c’est qu’hier soir elle n’a pas osé accepter l’invitation de Jerôme, pour aller chez lui se baigner, à la piscine. Et pourtant, elle en meurt d’envie, d’aller n’importe où avec Jerôme! Comment voulez-vous qu’elle raconte qu’avec la chaleur , comme chaque année, une inopportune irritation lui rougit l’aine, sans qu’aucune crème ni spray recommandés par le dermato n’y fasse grand chose. Des rougeurs horribles là, en haut des cuisses, où elle désirerait tant que les mains fines de pianiste de Jerôme se perdent et jouent. Et, pire, avec cette irritation de la peau elle ne peut plus s’épiler, l’horreur !

 

Et ce n’est pas tout. Le dermato la fait attendre pour lui enlever cette verrue toute laide qui, pendant l’hiver est apparue entre ses seins. Toute sa garde-robe estivale de décolletés généreux et transparences multiples dort dans le placard, dans l’attente que crèmes et d’autres onguents produisent les effets escomptés.

C’est pour ça, quelle est de mauvaise humeur. Jerôme va finir par porter son attention, gentillesse et charme (si vous saviez comme il l’est, attentioné, gentil et charmant !) vers ces pouffiasses qui lui tournent autour/papillonnent autour de lui. Elle l’a vu, l’a senti, comme d’autres femmes le regardent quand ils sortent ensemble, que tous les deux...

 

Quand même, c’est pas de chance! Elle se met au régime dès le mois de janvier, pour garder la ligne, en prévision de ces jours d’été, et le maillot, les petites robes, le bronzage... et Jerôme entre ses bras ou (elle ose le rêver dans les moments où ses doigts se laissent aller à des caresses autour de ses rougeurs) entre ses jambes.

 

Voilà pourquoi, elle est de mauvaise humeur ! En plein été et elle est obligée de s’habiller avec la discrétion d’une bourgeoise puritaine...

Publié dans Littérature

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Angie 01/10/2010 21:31


Aleix!

Estic coriosejant per aqui...
Si et plau, escriu el teu cognom amb l'inicial majúscula...
la resta fantàstic!
;-D