les nouvelles aventures de Bob Dainar par Henri Lhéritier

Publié le par L'Œil du Pharynx

 

IMAG1810.JPG

 

Henri Lhéritier biographie interview:http://loeildupharynx.over-blog.com/article-interview-de-henri-lheritier-par-nicolas-caudeville-48986338.html

 

Épisode 2

 

« La mer est immense, mais la conscience est encore plus grande. La conscience humaine est sans limites et tous les philosophes réunis ne peuvent la comprendre. » Raspoutine

 

Robert se rendit compte qu’il avait oublié de regarder les fesses de Jane lorsqu’elle avait quitté son bureau. Décidément, ça n’allait pas ce matin. Il hésita, allait-il la faire revenir avec ses contrats ? Elle se pencherait sur son bureau, il se ferait indiquer les endroits où signer, jetterait un œil sur son décolleté, puis après un, merci mademoiselle, il appuierait le second (le second œil, n’est-ce pas) sur son derrière. C’est ainsi qu’on commence une matinée dans un bureau, monsieur, tout le monde le sait.

 

Il les ferma (les yeux), se passa la main sur le menton : bordel, il avait oublié de se raser !

 

Il avait eu le temps de lire les contrats : pleins de fautes. À la mairie ou au Conseil général, il leur faudrait un correcteur, désormais on embauchait sans doute en fonction de la capacité de produire des fautes, ça rassurait les maires, les adjoints, les présidents, les conseillers, ils n’étaient pas seuls à connaître les affres de l’indigence syntaxique et orthographique. Avec la mondialisation on brûlait les étapes, au fond écrire, à quoi bon ! Qui avait rédigé ces putains de contrats ? 

 

Son narrateur lui-même déconnait à pleins tubes, mais lui, Robert, dit Bob, n’était que le sujet, comment aurait-il pu corriger ? A-t-on vu un personnage de roman se préoccuper de l’orthographe de son auteur ? Même un type comme lui, aventurier dans l’âme, ne pouvait, surgissant de la fiction et explorant la réalité, corriger les lignes qui le concernaient. 

 

Il détestait deux choses dans la vie : les fautes d’orthographe et la communication. Comment avait-il pu monter une agence de communication ? C’était une couverture, mais quand même. Pourquoi pas huissier de justice, ou banquier tant qu’il y était ! Il détestait une troisième chose, les types qui se mêlaient de parler de lui. Un jour il allait le choper ce Nicolas qui était en train d’essayer de faire le récit de ses aventures, il allait comprendre ce garçon, fallait pas s’amuser avec lui. Qu’est-ce qu’il lui avait pris d’accepter que ce type fasse sa biographie ? Résultat : plein de fautes. Bravo ! Il détestait beaucoup d’autres choses encore que le lecteur apprendra au fur et à mesure de ses aventures.

 

Ce n’était pas un échotier qu’il fallait pour parler de lui, c’était Victor Hugo, Victor Hugo lui-même, monsieur, du souffle, du grandiose, je suis une légende, monsieur, le monde retient son souffle lorsqu’on parle de moi ! Ici, à Perpignan, je fais une pause, je reprends des forces, vous allez voir ce que vous allez voir.

Il se souvint que récemment Max Gallo avait voulu écrire sa biographie, Max Gallo, ah, ah, quel pitre celui-là ! Il rigola dans sa barbe (sa barbe naissante, son menton, quoi, il faut suivre), un historien bétonneur celui-là, il n’écrit pas, il passe des couches, ses livres sont des cataplasmes et sa plume possède des agilités de pétoncle. 

 

Moi, Robert Dainar, lui avait-il dit, j’ai été tailleur en Suisse. C’était la première anecdote de sa vie d’aventurier, il s’était mis à la conter à Max. Il était tout jeune (lui, Robert, pas Max), et un type s’était amusé à ajouter une mention manuscrite sur sa façade où était inscrit "Robert Dainar, tailleur". Cet animal avait écrit, à la suite, en lettres noires, "…de pipes". Les Suisses, ces ultra possédants possédaient aussi le sens de l’humour ? Et ils s’amusaient à l’exercer à ses dépens. Ne pouvaient-ils se contenter de leur rôle de coffre-fort, millionnaires, va !

 

Il en avait fait des planques pour attraper le rigolo. Eh bien, Max Gallo, l’écrivain annuaire, n’avait pas été foutu de raconter cet épisode avec dignité, il est nul ce Max. Allez, hop, dégage Max ! Maintenant c’est ce Nicolas, qu’il avait à l’œil, fais gaffe, hein, Nicolas !

 

Finalement il se décida à rappeler Jane, il fallait à tout prix qu’il voit son cul. De son œil caressant, quelques secondes suffiraient. Ça lui ferait du bien, à lui, et à elle aussi au fond. 

 

"Un cul c’est plein de ressources", a dit Nietzsche.

 

Il continua à penser à ses aventures... C’était à Lausanne, ce soir-là, planqué sous la mention Tailleur de pipes, il avait vu arriver du fond de la rue…

 

À suivre...

Publié dans BOB DAINAR

Commenter cet article

lepa.b 12/09/2010 23:47


Bonjour Robin des Bois !