Le billet culturel de Florence Jou

Publié le par L'Oeil du pharynx


« Je préfère flotter dans les airs, éviter d'affronter de face l'agonie de notre astre qui crache et s'écartèle... »
En fond, les violons et les cuivres, la voix voilée et acide de Françoiz Breut.

Il est des auteurs qui avouent doucement, qui écrivent simplement mais, avec toute la poésie du monde, leur impuissance et leur quête aveugle.
De leurs yeux de fourmi.
Comme ces plongeurs, hier, à délimiter sous le rhône les périmètres de futurs vestiges, à croquer des richesses, des phares d'autres civilisations, endormies par excès de puissance, par peur de la perte....

Camus aussi, dans l'été, évoque cette acceptation de la perte...
Une femme avec laquelle je dialogue entend par perte : le manque, ce qui est manqué et c'est ce manque qui crée le désir.
Marie Ndiaye parle certainement du manque. Avec excès...
La phrase veut tout combler, tout dire, tout analyser.
Trop plein de puissance.
Pourquoi autant surexhiber les signes....
Pourquoi ne pas faire de l'adage barthésien une envolée vers davantage d'humilité et d'euphémisme...
Ce sont mes désirs, sûrement...
J'avoue mon impuissance à la page 33, à la fin d'un paragraphe clinique.
Excès d'orgueil, critique facile d'une goncourisée... Peu importe....
L'art de la force compressive ne m'habite pas ces derniers temps.
Je récuse le « nimbé de brillance froide ».

Je voudrais entendre gronder une faiblesse sourde, comme dans mon verre de vin, dans ce granacha, aux mûres lyriques, et voir dans des lignes noires la proposition d'une autre subjectivité, celle contenue dans les photographies de Bruno Serralongue, qui prend le temps de la contemplation et d'être aussi désoeuvré que les migrants de Calais.
Désoeuvré. C'est le terme.
Hors de la quête d'une toute puissance.
Hors du but.

Exposition à venir au jeu de Paume en juin 2010 : Bruno Serralongue.
La Granacha. Les Vignerons d'Estézargues. Côtes du rhône.
Noces. L'été. Albert Camus.
A l'aveuglette. Françoiz Breut.
Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye.    

A vous d'oeuvrer...

Publié dans Cultures

Commenter cet article