Le billet de Florence Jou

Publié le par L'Oeil du pharynx


« Votre attention, s'il vous plaît, nous allons procéder à l'embarquement immédiat de votre vol... »

Une phrase qui m'a occupée toute la semaine, une syntaxe de la satisfaction de la fuite ou de l'impuissance à quitter pour l'heure le réel. Toute médaille avait son revers et je lui aurais bien coupé le cou. A cette phrase.
J'avais dû lire trop de Jauffret et prendre ses mots au pied de la lettre. Je m'étais faite avoir une fois de plus par un narrateur qui se foutait de ma gueule dès le prologue, et qui reniait définitivement ma propension à l'identification.
Mais cela ne se passerait pas aussi facilement. J'allais de ce pas m'identifier.
Et je m'en suis collée des images, sur les orteils, sur la langue. Des imago, en veux-tu, en voilà.
Traversant la morgue de Serrano, pardon d'avance, replaçant un bras ballant, pinçant les joues d'une
suicidaire, enjambant des fragments.
Immortels voyageurs ? Je poussais poliment un vers invisible à l'oeil nu qui rongeait déjà mon image. A la machine à café, je filais mes poils dressés et obéissants au responsable.
Après la morgue où j'avais acquis un premier numéro d'identification, j'abordais Anders Petersen, en live, accueillie par un homme élastique, qui me demandait d'où je tenais l'information.
Un secret d'état, un rendez-vous forbidden pour échangistes, un collectif pour sniffer l'argentique... Je ne voyais pas très bien, la couleur de la question.
Les affiches ! Celles qu'il avait collées par centaines, tant il n'était pas sûr de l'impact médiatico-culturello... Alors qu'elles infestaient la ville et qu'elles redonneraient vue à tout Tiresias moderne.
Il m'a questionné en règle puis j'ai pu faire un brin de causette avec les dépravés du mur : des marginaux, des chiens hurlant à la mort, des soeurs jumelles qui semblaient me conforter dans ma voie. Je traversais une phase joyeuse. Encore un effort.
Et toujours cette phrase.... « Votre attention, s'il vous plaît... » Je devais accélerer, l'identifiant me rattrapait. Heureusement, j'avais capté un photomaton dans un bureau de tabac. Droite, face à l'écran, je me collais en même temps une gorgée du partenaire minceur et des parents assis en face de moi, prônant une pédagogie Sévère. Je leur avais tendu une main, ils m'avaient broyé l'objectif.

Je traversais une phase de turbulence mais l'identification était proche.
Il me suffisait finalement de casser des oeufs, de libérer l'animal et d'aller rejoindre le club des Z,
débarquant à Marseille.

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Les infos élastiques : Sévère de Jauffret, Seuil. Expo Anders Petersen, Le Capitole, Arles.
Présentation du Numéro 3 de la revue Z, le 24 Mars à 19h, Mille Babords, 61 rue Consolat, Marseille...
Et La morgue, recueil de photos d'Andres Serrano.

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