Le Jardin des délices... par Florence Jou

Publié le par L'Oeil du pharynx


Je reprends le chemin du Campo Santo pour un spectacle de danse, une chorégraphie de Blanca Li.

J'ai envie d'Espagne, de sensualité, de beauté des corps....

Je ne sais pas exactement ce que contient ce spectacle mais il est question de Jérôme Bosch...

Surprise...

Et un terme s'impose à moi au terme de cette soirée : décousu...


L'oeuvre aurait pu être magistrale mais Blanca Li se perd et perd le spectateur.

Sa danse dénonce :

une société de consommation, portable aux becs "et je n'ai toujours pas d'I-phone",

une société de l'hystérie,

une société qui se regarde, qui se mire... Miroir.

Certes, les miroirs sont beaux.

Blanca Li alterne le bestiaire de Bosch, des animaux mythologiques narrés par ses danseurs ou représentés à l'écran et des scènes de cabarets aux résonnances contemporaines.

D'une licorne à un couple homme/femme traînant une guitare et une politique de droite, où se situer ?

Rester dans le jardin de Bosch ou dans une société contemporaine décriée...


Le spectateur hésite, tient une demi-heure, attend et entend.

Blanca Li use de clichés pour dénoncer les clichés d'une société.

D'une girafe qui pisse à une vulgaire chanteuse de cabaret en passant par des défilés de prêts à porter et des hommes comme des machines à sous, le spectacle est dense, le spectacle est grotesque.

Les danseurs sont dans la répétition, il est temps que quelqu'un arrête la pile du temps et du foisonnement.

Voir son propre reflet, celui de sa société et de ses congénères est une chose importante et salutaire mais, pour cela, faut-il en arriver à montrer les coutures, à casser la danse et à faire de cet art une mécanique répétitive et vidée d'émotions...


Blanca Li tient l'autre à distance.

Certes, notre monde est paradoxal et superficiel mais en serait-on en oublier l'essence de la danse ?

On attend tout au long l'épure, on attend que cette succession de tableaux prenne fin,

on entend le piano, on entend « A girl from Ipanema », on voit la mort célébrée dans un happy birthday final mais on a envie d'éprouver.

Simplement.

Et puis, quelque chose irrite...

Ce spectacle est le fruit d'un certain investissement, tant au niveau visuel, plastique, sonore et lumineux... N'est-ce pas un péché d'orgueil ?!

Peut-on se mesurer à du Bosch et faire sentir ces ténèbres, ce paradis inquiet, ces bêtes farfelues et inquiétantes ?


J'avais envie d'humilité et de fluidité sans doute...

Je n'ai pas tout saisi, sans doute...


Publié dans Danse

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