Le portail à roulettes : suivre le lapin blanc pour passer de l'autre coté du miroir de la culture. par Nicolas Caudeville

Publié le par L'Oeil du pharynx

 

portailC'était un samedi de Sant Jordi à Perpignan, sur la place Rigaud, des séniors dansaient en plein soleil des madisons et des tangos de salons, encouragés en cela par un prédicateur de supermarché, duquel on attendait plus l'annonce des promotions sur les déambulateurs que des encouragements au mouvement d'une cinquantaine d'arthritiques à qui, au passage, on distribuait une collation et du calcium sous forme de lait, peut être par peur qu'ils ne cassent.

On avait l'impression que le cageot d'une maison de retraite s'était répandu sur la place : united color of Jean-Marc Pujol.

Mais il y avait la promesse d'une soirée à Salses au « Portail à Roulettes », avec le groupe de musique tzigane et chanson française « Goute-moi ça ! ».

On a déjà vu des choses à vocations culturelles, des espèces de persistances rétiniennes qui sont à la culture ce que la cantine est à la gastronomie : Jusqu'à l'écœurement !

Des soirées où l'on se dit que l'on aurait mieux de s'engager dans la légion et sauter sur Kolweisi.

Mais en guise de bande annonce, j'avais croisé l'équipe du Portail deux jours auparavant dans une conférence de presse que nous partagions. Dynamiques et passionnés, Eléna Corneilla et Hai Nguyen donnaient envie d'en savoir plus, quitte à se rendre aux frontières du Roussillon.

21H30 précise, on arrive devant le Portail. Filtré par une tenture rouge, on s'acquitte de son obole de 1O euros. A l'intérieur, une salle principale avec quelques alcôves, une arcade avec des canapés, des fauteuils, des tables en bois improvisées qu'éclairent une série de chandeliers. Un feu de cheminée réchauffe si besoin était une petite scène. Un bar surmonté d'un tandem (je parle bien d'un vélo), on y boit du vin de la bière. Les gens pénètrent petit à petit tout types de gens et tous types de générations. A la fin, nous sommes à peu près une centaine. Le spectacle commence. Les « goute-moi ça » sont trois, deux garçons et une fille, qui se répartissent entre un guitariste, un accordéoniste chanteur et une violoniste. Ils viennent des alentours de Carcassonne. Le violon, l'accordéon, la guitare et le chant se mélangent. On est passé dans une autre dimension, une taverne de l'est. Il y a de la mélancolie et de la joie dans cette musique. Mais c'est la joie qui triomphe. Les gens dansent, ils sont heureux. Ils ne viennent pas au concert en représentation sociale mais pour le plaisir. Et plaisir il y eut ! A minuit vingt, après sept rappels, le concert prend fin. Certains partent, d'autres restent, continuant à discuter et à boire.

Je suis Eléna dans les coulisses pour une interview. Ils mangent, se reposent. Je reconnais les membres d'un groupe de femmes tchèques que j'avais interviewé à Paziols 5 ans auparavant : « Les Rodinka ! ». La violoniste est une des filles.

On monte au premier dans salon décoré de tableaux, d'instruments de musiques diverses et d'ameublement en bambou. Des chats gambadent çà et là. On fait l'interview dans une ambiance détendue, des photos détendues elles aussi. Je les remercie pour leur talent. Je repars, dans la salle on mange de la soupe de la soupe à l'oignon. Pour eux la nuit va continuer. Mon chauffeur et moi, nous repartons vers l'ennuyeuse Perpignan.

Pendant près de deux heures, je m'étais pris pour Joseph Kessel dans un cabaret de russe blanc...


Publié dans Musiques-Spectacles

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