les aventures Bob Dainar épisode 5 par G.Marty

Publié le par L'Œil du Pharynx

Gérard est journaliste à France Bleu. Il a fait les grandes heures de France Bleu Roussillon comme rédacteur en chef pendant 5 ans. À ce titre, il a couvert de grand moment de la vie des Pyrénées-Orientales : les émeutes de 2005, "la fraude à la chaussette"de 2008 sans oublier "l'affaire du petit chien martyr, Mambo" en 2009

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À la mémoire de Claude Klotz.

 

 De la fenêtre du meublé, la vue sur le bureau de Dainar est claire. Aucun obstacle. La fille à l'accueil. Ce con de Bob et l'autre fille dans la grande pièce. Gunther avait loué le studio une semaine auparavant. Repérage depuis le sol, place Cassanyes. Calcul des angles. Bingo.

- Vous êtes allemand, avait observé la propriétaire, madame Choucarouste.

- Nein, catalan, avait dit Gunther,  mais j'ai grandi à Ampuriabrava.

 

Il s'était présenté avec un maillot du Barça, un peu étroit pour son gros ventre, floqué au nom de Schuster. Un pantashort bleu ciel. Des chaussettes de tennis et des espadrilles noires. Une casquette de Base-ball avec écrit « I Coeur Le Barcares ». Des lunettes de soleil à 3 euros. La moustache. La vieille mettrait des jours à le décrire à la police.

 

Gunther est calme. Il porte maintenant un maillot de l'OM.  Klaus Allof, numéro 10. Il voit la cible bouffer des bonbons. Il pose la mallette sur la table Babou imitation Fly. Et la déverrouille.

 

Magnifique.

 

Le Rowenta Accurate System Deluxe est bien rangé en pièces détachées dans les moules de feutrine. Canon lourd au carbone fluté flottant. Bipied télescopique. Culasse au tungstène. Crosse réglable. Lunette électronique. Ordinateur de visée. Franchement plus class que l'Ariston No Future, un peu efféminé. Plus sophistiqué que le Seb, et plus maniable que le Gorenje Ethnic Purificator. Made in Korea. Acheté sur le Net, livré dans les cinq jours.

 

Le Rowenta est muni d'un système de calcul de distance et de dérive. Il suffit de passer en mode automatique en faisant glisser un interrupteur. De viser la cible une seule fois. Même si elle se met à bouger, le coup part tout seul dès que le fusil est aligné sur elle. Avec ce truc, un batteur de free jazz atteint de la maladie de Parkinson descend Kennedy à 600 mètres.

 

L'autre mallette contient les munitions. Cinq énormes cartouches au halo bleuté enserrées dans un clip, des balles à l'uranium appauvri, enrichi, appauvri de nouveau, ré-enrichi, au gré des crises économiques. Là, il est pauvre. Cette came, ça traverse un panzer et ça pulvérise une Audi. La note du fabricant précise que « bien qu'aucune étude sérieuse n'ait établi un lien direct entre l'apparition de cancers ou de mutations génétiques et la radioactivité, à part quelques rapports insincères contraires aux intérêts nationaux, il est conseillé de transporter ces munitions éloignées des organes génitaux ». La mallette est doublée de plomb.

 

Gunther assemble le flingue avec aisance. Gunther tue pour l'argent, mais aussi pour le plaisir. Il est très compétitif sur le marché. Il peut effacer un type pour un bon restau, une compilation des meilleurs morceaux d'ABBA, ou une place pour un match de poule de la ligue des champions.

 

Problème.

 

Une fois l'artillerie reconstituée, il reste un drôle de boulon dans son trou de feutrine. Et un autre emplacement est vide. Un trou assez large qui semble prévu pour un câble.

 

Gunther jette un oeil au dehors. En bas sur la place, les arabes et les gitans forment deux groupes séparés par un no man's land immatériel. Ils bavassent, ils glandent, ils déplacent des bagnoles de quelques mètres en permanence, sans raison apparente. Parfait. Une détonation et c'est l'émeute. Fuite sécurisée garantie.

 

Chez Dainar, la fille de l'accueil va-et-vient et observe ce qui se passe à côté par le trou de la serrure. Il ne se passe rien. Bob est assis et se goinfre de bonbons, et Arghata lui fait face. Elle n'a pas encore commencé son numéro de voltige façon Top Gouine. Elle attend le signal.

 

Gunther réfléchit. Même pas cher, c'est un pro. Un boulon en trop, un câble en moins, nicht gut.

 

Dans la mallette, coincée dans l'angle supérieur, la notice.

 

Putain, du broutch-broutch. La notice est en plusieurs langues, mais il s'agit uniquement de putains de charabias de pays du tiers-monde en guerre. Logique, ce sont les meilleurs clients. L'avantage des chiffres arabes, c'est que même écrits en broutch-broutch, ils restent lisibles. Un numéro de téléphone.

 

Gunther, sort son portable. Grésillement. Ja, l'uranium. Il referme la mallette et la pose à l'autre bout de la pièce.

 

Tchictchictchictchic et re-tchictchic, beep, beep, click.

 

- Broutch-broutch?

- Ach, j'ai besoin d'un renseignement concernant votre Rowenta ASD, je n'arrive pas à...

- Broutch-broutch-broutch.

Silence, beep, click.

- Oui, toi problème connard?

- Hein? Bon, j'ai un boulon en trop et il manque un câble apparemment.

- Toi donne numéro série empoté.

- Dis-donc bol de riz ça va pas la tête? Je suis un client, chien de cochon.

- Toi perdu guerre. Numéro série? Sur boitier culasse.

- Ca va, j'ai déjà vu un fusil.

- Moi pas pressé. Moi salarié, et toi paye téléphone enfoiré.

- Bon alors tu notes. A 258 fb 236 725 178 c.

- Après A? Répète enculé?

- Putain, c'est une urgence, je suis en opération alors tu te sors les baguettes du cul Fu Manchu.

 

Gunther détaille le numéro, tout en observant par la lunette le bureau de Dainar.

Le signal. La fille de l'accueil est entrée. Argatha commence à se tortiller dans son fauteuil comme dans les pornos qu'elle a tourné, « Croupes du Monde » et « La motarde momentanée ». On frappe. Madame Choucarouste.

- Broutch-broutch, semble-t-elle dire derrière la porte blindée de chez Brico Dépôt.

- BROUTCH-BROUTCH hurle Gunther en réponse

- Toi parle coréen sale vicieux?

- Mais non! C'est la logeuse. Alors?

- Tout normal. Série cafouillée. Manque câble USB. Fusil marche. Toi achète câble chinois du coin. Pas problème. Fuck You G.I., Fuck You Boyinton.

 

Click.

 

Et le boulon, merde?

 

Tant pis.

 

Vite, les balles à l'uranium. Le clip, dans le chargeur. Meeerde. Ayé putain. La cible. La cibleuuu. Là je l'ai. Bouge pas crétin. Pas le temps. Merdeeeeu. En automatique, tant pis. Hein? L'interrupteur. Il tombe. Un putain de cache en plastique. Dessous, un trou fileté. Pour mettre... le boulon. Meeeeeeerde. Choucarouste. Broutch. Pas le temps pas le temps pas le temps. En manuel.

 

KRA-ACK!

 

Gunther peut suivre au ralenti la balle bleue traverser la place Cassanyes, entrer dans le bureau, passer vingt bons centimètres au-dessus de la tête de cet abruti de Dainar, et choper la pouffe en pleine poitrine. Ca gicle de partout. Son fauteuil bascule, elle est collée au mur et glisse lentement. Derrière un cratère fumant avec de l'os, de la moelle épinière, de la plèvre, beaucoup de sang et le silicone de ses nibards.

 

Téléphone.

 

Grésillement.

 

Gunther jette le flingue.

-Allo?

-C'est moi, dit la voix de Souleyman. Alors.

- Che groix que ché fé un poulette, patron. Eine Grosse Poulette.

- T'as repris l'accent? Qu'est-qui ce passe?

 

En bas, ça y est, c'est l'émeute.

 

Publié dans BOB DAINAR

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nico 01/09/2010 16:41


Que je peux rire en lisant ces épisodes!
Merci!
:)


L'Œil du Pharynx 14/09/2010 18:32



n'hésitez pas à les partager avec vos amis!