Les nouvelles aventures de Bob Dainar 10 par Julien Caudeville

Publié le par L'Œil du Pharynx

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Julien Caudeville est chercheur en expologie (science de l'exposition aux risques des populations) à l'INERIS , il termine une thèse sur "evaluation des risques sanitaire des populations aux substances chimiques". Il a effectué plusieurs mission au Burkina Faso pour l'intallation de tri sélectif. Mais est aussi organiste de talent.

 

"Il vaut mieux faire l'information que la recevoir. Il vaut mieux être acteur que critique." W Churchill.

 

 

« La plaie est impressionnante mais vous êtes hors de danger », Bob grogna. « Vous étiez juste au mauvais endroit au mauvais moment ». Il avait déjà entendu ça plusieurs fois dans sa vie. Bob doutait. Etait-il encore au milieu d’un rêve absurde, ou dans l’un de ses innombrables flash-back… Bob avait du mal à discerner la réalité ces temps-ci. C’est le prix à payer d’une vie fatigante, rythmée par de multiples et improbables voyages. Comment lui en vouloir…

 

Pour pallier ce problème, il avait développé une méthode. Bob balançait une phrase absurde et l’extravagance des répliques des personnages du théâtre de son imagination lui permettait de quantifier le degré de réalités dans lequel il évolué. Bob tenta un « Je dois partir tout de suite, demain j’ai une attaque de train ». La situation était absurde, mais pas la réponse : « Vous n’étiez pas censé vous réveillé, et je vous conseille d’attendre que l’on vous recouse, vous avez un trou à l’abdomen ». Bob comprit qu’il n’était pas dans un rêve cette fois-ci.

 

La deuxième étape de la méthode constituait à rassembler ses souvenirs pour reconstruire les événements qui l’avaient menés dans cette situation délicate. Le traitement brutal que le chirurgien appliquait à sa barrière cutanée lui permit de se remémorait plus facilement les circonstances du coup de couteau qu’il avait reçut à l’abdomen : le vortex, la balle, son lynchage et la gitane qui voulait le protéger de ses bras. Bob était exposé à un flash-back, il en était sur. Il se traine vers elle, une armoire à glace lui fait face, aussi menaçant que le couteau qu’il manipule fébrilement. Bob n’est pas impressionné pour autant, il joue la carte de la diplomatie : « Mon ami, il semble que tu n’ais pas à l'esprit le risque présenté par les lames coupantes ou les accessoires pointus. » La phrase est trop longue pour être efficace. Bob s’écroule, l’abdomen transperçait. Décidément Bob vieillit. 

 

On lui racontera plus tard le déroulement des événements. Le bruit du tir avait réveillé de mauvais souvenir. La mécanique était bien rodée, en une demi-heure une centaine de magrébin avait investit la place du Puig pour en découdre,supposant un nouveau règlement de compte. Il était décidément difficile d’être gitans de nos jours. Les gitans s'étaient enfuis vers leurs collègues de la place Cassanyes.  Les étals de fruits et légumes se transformèrent en barricade fortune. Les CRS étaient intervenus pour rétablir l’ordre public. Les belligérants s’était longuement observées, incertains, et un événement quelconque (la chute d’une cagette de courgette provoqua la crispation et le premier tir de Jo dit « la gachette », avait-on rapporté) avait jeté les deux parties dans un affrontement sanglant. Flashball et tonfa télescopique contre fusil à pompe, carabine, couteau et sabre.

 

Bob était stupéfait, il comprit que ces événements allaient en générer de plus grave encore, c’est l’effet papillon : une balle perdue allait indéniablement entrainer le squattage de l’espace publique par les philosophes mondains a qui on permettrait de diffuser leurs états d’âmes sur la monté du communautarisme en France. Il fallait également prévoir la mise en place de lois sécuritaires supplémentaires. 

 

L’infirmière est douce, elle explique à Bob sans être sure qu'il l’écoute vraiment que son opération à entrainé des « complications ». Bob n’écoute pas les mots, il se concentre sur le son mélodieux de la voix. Ce comportement avait déjà provoqué de nombreuses complications relationnelles avec les femmes. Si il avait suffisamment écouté les propos de la jeune fille, il aurait pu apprendre qu’on lui injecter une dose de morphine méchamment titrée, vu son apparente résistance aux anesthésiants classiques.

 

Il a quelques années, Bob était un grand amateur d’opiacé. Bob consommé sans compter. Il n’avait aucune angoisse à calmer, aucun ennuie à tuer. Il considérait cette activité comme récréative. Ce n’est pas les dégradations physiques qui le poussèrent à stopper sa toxicomanie, ses saignements de nez l’amusait énormément. Dans ses dernières chasses de dragon, la prise d’opium entrainée chez Bob des effets étranges, sa conscience se disloquait, se contractait à l’infini, tous ses sens sublimés portés sa perception sur des sentiers rarement explorés. Les lendemains de ces voyages était généralement soldés par des nausées, des vomissements et la prise de décisions gravement raisonnables. Ces prises de conscience lui permettaient de rétablir positivement des situations délicates et de reprendre le contrôle d’un bateau depuis longtemps parti à la dérive. Il avait donc décidé d’arrêter. Les conséquences bénéfiques n’avait jamais fait parti du contrat. 

 

L’alcaloïde faisait son effet. Alors que ses récepteurs saturés modifiaient le fonctionnement de son système limbique, Bob sentait son esprit se dissoudre. Bob nageait dans ses eaux sombres, réminiscence du future, prédiction du passé : c’est ce que l’on appelle communément la confusion...

 

 À suivre...

Publié dans BOB DAINAR

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