Les nouvelles aventures de Bob Dainar 8 par Philippe Assens

Publié le par L'Œil du Pharynx

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"Vine, vine, pastoret !

 

Vine amb mi dintre de l'aigüa,

 

que hi veuràs el meu palau; mai has vist bellesa tanta.

 

Jo per tu em moro d'amor: seràs rei de la muntanya.

 

Mira, els braços tinc oberts

 

si vols rebre una abraça da.

 

Vine, vine, pastoret !

 

Vine amb mi dintre de l'aigüa ! »

 

Jaume MASSO I TORRENTS – La Fada.

 

 

L'absinthe, le trou noir, le vortex, la chanson, la gitane qui lui avait ouvert les bras pour l'attirer derrière ce rideau salvateur, la sorcière, la fée bleu, l'absinthe et les souvenirs qui lui remontaient maintenant par saccades. Tout en déboulant sur la place Cassanyes, il jeta un oeil rapide sur le scan du vortex. Son point de genèse correspondait à une fenêtre étroite située au dernier étage d'un immeuble à la façade décrépie. Sans hésiter, il se fraya un passage entre la foule qui se faisait de plus en plus dense et sortait de toute part en direction de la place du Puig. Absorbé par sa course, il ne fit d'abord pas attention à la rumeur polyglotte qui emplissait tour à tour la place d'arabe, de calo ou de catalan. Il trouva juste cela un peu étrange car ce n'était pas jour de marché.

 

Il s'engouffra dans l'immeuble et grimpa les marches quatre à quatre jusqu'au cinquième. Il hésita un instant. Le couloir offrait une douzaine de portes ouvrant chacune sur une cellule à sommeil éclairée par une mince fenêtre située en hauteur à la manière de Le Corbusier. Il pénétra par la première porte entrouverte et reconnut immédiatement la négligence de Gunther. De tous les derniers tireurs de la secte des assassins, c'était le seul qui pouvait abandonner avec audace un téléphone et une pièce accessoire de Rowenta calibre 24. D'ailleurs, le mot gravé sur le volet en mélèze  « Hasta la vista,  Bob ! » était même signé.

 

Un cri strident jaillit de la place en ébullition jusqu'à la fenêtre. Bob passe la tête, songeur. Il ne lui reste plus qu'une extrémité du vortex à fouiller mais cette idée le rebute.

 

SMS à Jane : « Décongelez Arghata, je rentre. Bob».

 

Sur la place, il fait trop chaud. La porte sans teint du commissariat de quartier est grande ouverte et sur le pallier se tient cet incapable d'Hortenfeu. Ce n'est pas le moment de se le prendre encore dans les pattes. Avec l'histoire des Pirates Somaliens, il a déjà failli tout faire rater avec ses communiqués de presse à la con sur l'engagement héroïque de la nation des droits de l'homme pour rétablir la liberté du commerce dans les mers du Sud. Tout ça pour faire croire aux fils de pauvres que les pirates existent et pour que ses potes croisièrent tranquilles.

 

Bob décide de faire un détour par les jardins Saint-Jacques. C'est là où il réfléchit. Il a besoin de vert pour réfléchir, de légumes, de fruits, de salade. Y en a bien qui bouffent du vert pour être en forme, lui, Bob Dainar, le vert, il lui en faut pour réfléchir. Sinon, ça coince.

 

Dés son arrivée à Perpignan, avant même de monter l'agence, il a trouvé ce vieux catalan qui cultive de la verdure (Bob ne se rappelle jamais le nom des légumes, pour lui c'est tout de la verdure à réfléchir) nécessaire à son équilibre mental. Il passe des heures au verdurier à regarder la verdure, et ça, à Bob, ça le détend et alors il réfléchit. Il parle aussi à l'ancien, qui regarde Bob faire. Et le vieux de Saint-Jacques l'interpelle :

 

-  hé, pssst, psssst, tu cherches ? Pssst, tu veux du vert ?

 

Plein de vert dans la poche, Bob prit le chemin du retour. En remontant vers la place du Puig, il effeuilla les hypothèses : pas les franco-léninistes, pas les néositu, pas les agros afghans, non Arghata Crispies, ni son père Klaus, n'étaient mêlés à tout ça. Il devait forcément y avoir un lien avec son contrat en cours en Somalie et les diamants de Naomi. Avec la mise au vert, les souvenirs lui revenaient peu à peu. Pendant la guerre de Sierra-Leone plusieurs tireurs d'élites issus des assassinss, dont Gunther, avaient été embauchés par les opposants de Taylor, le dictateur léonien Les pirates finançaient alors l'opposition militaire et c'est Klaus Crispies, amant de Naomi, qui assurait les transactions. Arghata, avec son air de rien, devait sans doute en savoir plus.

 

Un obèse bourra Bob dans le dos. Il plongea sur le bitume. Un violent coup de pied l'atteignit dans le foie. Il se roula en boule. Les coups cessèrent. Il se traina péniblement sur le trottoir. Ses agresseurs reculaient tandis qu'une autre bande avançait dans sa direction. Plongé dans ses hypothèses, depuis le début absent de l'émeute qui prenait corps, il avait atterrit au beau milieu de la baston. Les groupes se faisaient face, s'observant à distance. Chacun pensait que Bob était de l'autre et il devenait la cible des plus lourds projectiles. Sur le trottoir d'en face, un rideau de fer se releva brusquement laissant apparaitre une jeune gitane aux bras dorées et dénudée jusqu'à mi-hanche qui chanta à Bob d'une voix douce et sécurisante :

 

- Viens dans mes bras, brave Dainard, viens avec moi, Bob, viens vite...

 

 

À SUIVRE...

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