Les nouvelles aventures de Bob Dainar par Nicolas Caudeville

Publié le par L'Œil du Pharynx

  Episode 1 : Parce qu’il faut bien un début…
 

 

« On a tort de dire que l’argent est le nerf de la guerre. Les bons soldats peuvent trouver de l’argent, l’argent ne trouve pas nécessairement de bons soldats ! » Machiavel in Le prince

 

Robert se réveilla avec un goût amer dans la bouche, encore habillé, une odeur entre la sueur aigre (la sienne) et un parfum de femme type copie, numéro 66 de chez Coco Charnelle, la Jonquére (pas la sienne). Ce type de réveil était pour lui comme une nouvelle naissance. Du moins, le quarantenaire le souhaitait à chaque fois que la veille, il mettait une ardeur plus que manifeste à détruire la lucidité qui lui imposait la persistance rétinienne de ce qu’il considérait être l’absurdité de la vie. Pas tant la sienne, à laquelle il mettait un point d’honneur à savoir, comme disait Baudelaire « s’encanailler sans s’avilir », que celle de l’époque ronger par la « Post modernité ». Une société qui avait laissé dire "qu’on avait vu la fin de l’histoire", ne restait donc que «le devoir de mémoire». Et par média interposé, on l’avait cru. En même temps, cela lui apprendrait à se réveiller avec les infos radiophoniques le matin.

 

La radio qui crachait déjà ses obscénités. Chaque levé était comme ceux du personnage de Martin Shine dans « Apocalypse now », encombrés de bruit de palles d’hélicoptère, (plus prosaïquement celui de son ventilateur) et la rumeur de la chanson des Doors « This his the end ». Mais en lieu de dire « Putain encore Saigon ! », il se contentait d’un blafard, « Merde, sempre Perpinya ! ». Le centre du monde était son désert des tartares. Comme un surfeur qui attendrait la grosse vague en plein marécage… Une douche froide, un aspirine, un café fort, auraient tôt fait de faire partir cette mélancolie, comme la tramontane chasse les nuages.

 

Il devait être opérationnel pour aller à son bureau à 9 heures. Son équipe l’attendait. Il était directeur d’une entreprise de formation « d’attachés de presse », la « O Presse ». La communication s’était la manière de continuer la guerre par d’autres moyens, avec pour champ de bataille les terres du « temps de cerveau disponible ». Il apprenait à ses stagiaires à passer leurs charrues dessus pour y planter au mieux les arguments de la « cause » qu’ils défendaient. En ce moment, c'était des pirates somaliens. Selon eux, ils se trouvaient par trop incompris par l’opinion occidentale. Pour eux, leur activité était moderne : des traders des mers en quelques sortes, qui allaient d’OPA agressives en fusions-acquisitions, les risques en plus et sans protection sociale. C’était la version « frères de la côte » du libéralisme. Bref, le retour au capitalisme des origines. Rien de très moralement contestable !? Au regard de Robert Dainar, la morale n’était pas de ce monde, il ne jugeait pas les motivations de sa clientèle. Darwinien dans l’âme, peu importait la cause pourvu que son compte bancaire en ai l’ivresse. Une jungle en valait bien une autre. De sorte que pour lui, Perpignan avait le goût de l’exotisme !

 

Il sortit de chez lui - il habitait St Jacques - et se rendit à ses bureaux à St Jean. Il salua la secrétaire et la standardiste. Il pensait qu’il fallait toujours se bien comporter avec le petit personnel. De manière générale, cette attitude lui était dictée par son éducation, et surtout par le fait que, plus on a des choses à cacher plus on se devait d’être sobre à l’extérieur. Les gens ne vous en veulent pas de n’être pas un modèle de probité, ils vous en veulent d’avoir la faiblesse d’être pris. Pour le reste, on leur à transmis depuis des générations le respect des puissants. La preuve en est , à la question « que demande le peuple ? », il est répondu : « Qu’on ne le maltraite pas trop ! » C’est dire si celui-ci n’est pas exigent…

 

Une fois installé dans son fauteuil cuir, il commanda à Jane, sa secrétaire, un café. Celle-ci revint promptement avec un arabica kenyan et quelques feuilles à signer.

 

- Monsieur, les contrats pour la formation en communicant du Conseil général et de la Mairie ont été signé par les élus.

- Bien, en même temps la saison s’y prête aux vues des probables élections, ils ont décidé qu’ils perdraient moins de temps à persuader qu’à convaincre ! Merci Jane, laissez-moi maintenant.

 

Il alluma alors son ordinateur, puis une fois ses courriels triés et lus. Il lança une recherche sur Google, avec les mots Perpignan, Centre du monde, Agartha et portes. À la lecture des textes, des schémas, des images, il commença de s’absorber, se fixant de plus en plus dans la position hiératique d’un sphinx. Son esprit avait franchi la frontière de l’écran et il errait désormais dans ce qu’il appelait : ses crises de "paranoïa critique!"

 

 À suivre...

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