Norbert Narach, le « brouxot » des mots. Par Nicolas Caudeville.

Publié le par L'Oeil du pharynx



Lorsque quelqu’un meurt, il se peut qu’il laisse une trace dans les esprits autres, qu’un monument parce qu’il est lui-même le monument.
Il est le symbole de quelque-chose d’une époque de ce qu’on y a vécu, de ce qu’on y a aimé. Ce que les français appellent « un je ne sais quoi ».
Et lorsqu’elle meurt, ce « je ne sais quoi », cet esprit s’éteint avec lui, mais continue de vivre dans le cœur de ceux qui l’on connu, côtoyé et aimé. Norbert Narach était de cet étoffe là, comme encore un Louis Monich. Et, il en est peu dans le département.
« Verboriculteur » aimait-il à se présenter. Autrement dit cultivateur de mots, et dans deux langues, le catalan et le français.
Comme le disait son ami le chanteur Père Figuère : « il était capable de jouer aussi bien au trouc qu’à la belote ».
Les mots s’il les prisait ce n’est pas parce que les langues sont de jolie artéfacts que l’on peut dispenser entre deux tasses de thé dans les salons, ou encore des rustines que l’on dispose au bout de son doigt pour masquer la forêt de sa vacuité.
Non, il aimait les mots pour ce qu’ils étaient : des clefs.
Pour la compréhension du monde et des gens, bien sûr, mais aussi pour la part de magie que chacun contient, et que combinés entre eux déclenchent des choses, comme le levier et le point d’appui qui soulève l’univers d’Archimède.
Il y rentrait en « correspondance » dans une « forêt de symboles ». Il en connaissait chaque arbre. D’aucun vous diront « chroniques », « pièces de théâtre », « poésies » et même « Iku ». Lui savait les planter, les faire grandir, y faire des greffes ou des boutures qu’il offrait à ceux qui avaient l’oreille fertile.
Comme il est dit dans la « Génése », « au commencement était le verbe. Et le verbe était Dieu… Et le verbe soufflait à la surface des eaux ».
Norbert Narach était ce prêtre agnostique des mots.
Que dire de lui encore, si ce n’est sa générosité, son humanisme envers les autres.
Il a toujours soutenu ceux qui commençaient : parce que pour bien briller il faut savoir faire briller les autres.
Comme témoigne ce jeune auteur-compositeur interprète anglais, Benjamin Gross qui l’avait rencontré au travers de l’hommage à Joan Pau Giné, ami de Norbert :
« Il m’a beaucoup aidé sur la prononciation du catalan. C’est notamment lui qui m’a appris la chanson « Aïoli ». Je me souviens d’un concert à l’hôtel Pams où le « ya Merda a mar » était devenu un « shit in the sea » ou aussi la « al cuc » qui était devenu « the worm ».
Cela lui plaisait que les mots vivent plusieurs vies à travers plusieurs langues.
Norbert était un clown (c’est d’ailleurs la photo qu’il avait mise sur le réseau social internet Facebook).
Un clown littéraire, poète, vagabond, toujours en train de citer Giné, Voltaire, un mélange de tout, farfelu et plein d’amour, qui aimait pousser les artistes de la région. Il était extraordinaire et complètement à part »  
A la différence de pas mal de personnages qui « squattent » la scène locale, le signifié de Norbert était relié à un signifiant.
Il ne se contentait pas de jouer « à la marchande de mots ».
C’est pourquoi par delà ses cendres, nous nous rallierons toujours au panache bleu de son cheval « brouxot » !     

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