Une nouvelle nouvelle Elisabeth Torres Duxan

Publié le par L'Œil du Pharynx

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Il s’est levé tout doucement, sans faire de bruit pour éviter de réveiller sa femme et s’en est allé, comme tous les dimanches matins, à la boulangerie chercher quelques croissants dont sa moitié raffole et quelques pâtisseries pour les enfants.
Le cœur léger, il s’en va laissant derrière lui la maisonnée assoupie. Arrivé sur le lieu des supplices tant il est parfois difficile de choisir entre toutes ces bonnes choses offertes aux yeux qui s’en délectent, la boulangère, ravie de ce client si fidèle, s’empresse de le servir.
Sur ces entrefaites, arrive une personne, portrait typique des personnes âgées qui attire son regard.
Celle-ci a toutes les caractéristiques : voûtée à souhait par les dernières décennies, la peau de chagrin, ridée, fripée, ayant subi les affres du temps, les mains, véritables sculptures, déformées par l’arthrose, elle s’avance difficilement, lentement mais sûrement jusque devant les vitrines. Elle souhaite acheter son pain au chocolat – c’est si bon - comme elle le fait tous les matins.
Il ne peut s’empêcher de lui décocher un sourire et de lui demander sur un air de boutade si l’appétit va bien. Elle ne se fait pas attendre pour lui répondre qu’effectivement tout va bien sur ce plan là. Il se réjouit de cette réponse si spontanée, vraie et son visage ébauche un sourire.
La boulangère terminant de lui préparer les différents petits paquets, il cherche sa monnaie dans le fond de sa poche pour régler ses achats et s’achemine les tenants fermement, vers la sortie. Il ne peut s’empêcher de se retourner avant de sortir et regarde à nouveau cette petite mamie qui lui tourne le dos
Une idée lui traverse alors la tête. Une idée folle !
Il revient sur ses pas, simulant avoir oublié quelque chose et, discrètement, s’adresse à la boulangère pour savoir si cette dame aime les chocolats. La boulangère suppose que oui mais préfère directement lui poser la question. Au son de la réponse positive, il demande finement à la boulangère de lui préparer un petit ballotin de chocolats, règle immédiatement et demande à cette dernière de se charger de les lui offrir. Elle s’exécute précisant que le présent vient du client, vient du Monsieur.
La petite vieille, quelque peu abasourdie par ce geste si étrange, reprend immédiatement ses esprits, sourit d’un large sourire qui fait apparaître un dentier en bon uniforme et le remercie. Il la regarde alors une dernière fois et sort content de lui, plein d’entrain, satisfait de ce tour insolite. Oui, pensait-il, on devrait être plus attentifs aux mamies. Aussitôt, cela lui rappela que cette mémé aurait pu être tout aussi bien sa mère.


Satisfait, il regagne la voiture, refait le chemin à l’envers, arrive chez lui en faisant attention de ne réveiller personne et prépare le plateau du petit déjeuner : café au lait, les fameux croissants, deux mandarines pelées et présentées comme des pétales de fleurs, rien, oh non, rien n’est trop beau ! Et en prime journaux, revues et une rose rouge posée délicatement en travers. Il se glisse lentement dans le lit auprès de sa femme, l’embrasse amoureusement jusqu’à ce que cela la réveille et il lui décroche un large sourire, un de ces plus beaux sourires, celui de la vie, du bonheur, celui des choses simples accompagné d’un «Bonjour Madame ! Bonjour Mon Amour ! », heureux d’avoir fait du bien autour de lui.

L'altruïsme

Publié dans Littérature

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F.RONDELLO 03/06/2011 07:19


Bravo,
encore pour cet extrait
C WAGNER a dit:
" On n'a jamais perdu sa journée quand on fait pénétrer dans une âme humaine un peu de gaité et de lumiére "
Mais si la personne de ce texte existe il faut lui ériger une statue.
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