Vernissage de l'exposition "Ici... là", à la forteresse de Salses. Par Florence Jou

Publié le par L'Oeil du pharynx


Mercredi soir, je continue mes pérégrinations d'estivalière. Je passe une nouvelle frontière.

Je me rends à la forteresse de Salses pour le vernissage de l'exposition d'ici...là.

Le monument accueille trois artistes et leurs installations : Anna Malagrida, Jurgen Nefzger et Danielle Vallet-Kleiner.

Dès le pont-levis, il s'agit de se débarrasser de sa journée, de laisser les tensions et d'accepter de se perdre dans la forteresse. Accepter aussi de prendre le temps de la contemplation, hors de l'euphorie du maillot jaune.

D'emblée, dès l'entrée, la première photographie de Jurgen Nefzger nous place face à des individus masqués mitraillettes à la main. Malgré leur tenue guerrière, on comprend qu'ils jouent au jeu de la guerre et qu'ils sont ici exposés dans un lieu de belligérance.

Puis on oublie, on rentre dans la place d'armes et on a le choix. Ce choix déroutant d'une exposition qui n'est pas fléchée, ce choix qui va être le nôtre d'aller du donjon au magasin... Hésitations, regards vers d'autres, un coup d'oeil pour la luminosité et ce soleil déclinant sur la pierre.

Je me retrouve alors face aux points de vue d'Anna Malagrida. Ses photographies sont posées à même le sol dans le logement de la garnison. L'artiste espagnole observe le monde, derrière des vitres couvertes de peinture. Elle semblerait nous cacher certaines vues... Notre oeil devra se frayer un chemin pour voir l'invisible et l'indicible, pour tenter de parler de ce qu'on ne peut pas toujours voir....

Malagrida poursuit cette quête et ces interrogations entre « intérieur » et « extérieur », entre intime et privé, notamment à travers ces installations vidéo. Je ne livrerais pas ce que recèle précisément celle placée dans le donjon mais sa situation géographique et symbolique dans la forteresse, son caractère evanescent vous inquièteront et vous plongeront sans aucun doute quelques minutes dans l' ailleurs. A la fois hors de votre être et si près de vous. Dans le travail de Malagrida, quelque chose nous est toujours refusé, mais cette frustration salutaire semblerait nous sauver aussi de pléthore de représentations actuelles.

Près d'elle tout en étant lointaine géographiquement, Danielle Vallet-Kleiner propose ces fantômes d'artiste et de citoyenne. Son travail nécessite des ressources intellectuelles (références à Tarkovsky....) et un temps certain pour pénêtrer son espace. Des temps, des lieux, des êtres se superposent dans ces photos ou sa vidéo Ghostland. Ils entrent en douce collision, ils s'effritent parfois lentement, ils se brisent violemment... Vestiges du passé, de ces pays de l'est, là-bas, pour nous parler de nos pommes vertes, de nos maladies contemporaines, de nos folies sinusoïdales...

Délibéremment, je termine par les diapositives de Jurgen Nefzger, tryptique visuel installé dans les écuries. Trois panneaux accueillent son travail pris à Dunkerque entre les plages et une ferme isolée, pour un « war game » scandé par ce bruit de recharge de balles...

Tandis que je regarde, l'artiste est près de moi, il fait l'article. En toute simplicité. Il évoque sa résidence, ces jeunes gens qui se croient des guerriers et qui aiment poser sur des bunkers et des plages de Normandie. Au gré des mots de l'artiste, certains d'entre eux s'incarnent : à côté de son hobby de militaire, l'un est aussi musicien et écrivain... A certains instants du diaporama, ces individus disparaissent pour ne laisser que la nature photographiée. Pour que les végétaux reprennent leurs droits.

Une dame s'offusque enfin : « Se rendent-ils compte de ce qu'ils font ? » Nefzger répond ailleurs, là-bas, évoquant le vernissage de Calais où se mêlaient « ces personnages de fiction » et tout un chacun. Les paradoxes nous habitent dans ces photographies prises à la chambre, dans ce vernissage et dans notre monde....

Ici ou là, à Salses, à l'intérieur de nous mêmes, qu'on s'associe ou non à ces artistes,

on se plaît à chercher nos lieux réels et imaginaires, nos temps passés et présents et nos places de regardeurs.

Exposition à re-voir jusqu'au 3 janvier 2010.

 

Publié dans Exposition

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LADY MARIANNE 08/11/2009 22:43


bonsoir et bienvenue dans ma communauté " vivre en Languedoc Roussillon "
merci de ton choix - de ta confiance et de tes publications dans la communauté -

bien amicalement Lady Marianne