"Chronique de l’environnement naturel" par Jérémy Tissier.

Publié le par L'Oeil du pharynx



Ce matin, l’écran de mon ordinateur a un petit air d’âtre de cheminée. Charmé par le discret et velouté souffle continu de son expiration ou inspiration (je n’ai jamais vraiment deviné), je me laisse entraîner par cette atmosphère baignante, qui donne à la course des aiguilles ce repos que l’on ne trouve plus guère que dans quelques vallées manquées ariégeoises.
Dehors, c’est un temps de chiottes. Le ciel tire la chasse depuis le lever du jour. Grand gaspillage. Je m’attends, à tout instants, à voir passé dans le ciel, devant l’étrave de ce cumulo-nimbus incontinent, le zodiac trompettiste de Greenpeace qui zigzaguerait et harcellerait ce fauteur d’eaux troubles. Au sol, défileraient les rangs rageurs et écarquillés des parasols estivaux, qui ne veulent pas comprendre que décembre est le mois des  boules de neiges et non des boules de glaces.
 J’entends encore la complainte couineuse du chanteur de gondole, balancée sur les ondes comme une flaque sur une route, quand la soif tragique des petits rongeurs se dissout dans la rainure du dernier pneu Michelin et qu’au-dessus l’autoradio crie qu’il veut du soleil, rien qu’du soleil! Initiative malheureuse en ces temps où le toaster remplace la boule de cristal et les bulletins météo les prédications célestes des ermites de l’an mille.
1990 “le soleil veut notre peau bien bronzée!” . 2010 ”Le soleil veut notre peau!” A peine 20 ans, entre la pamoison septembrienne d’une cuisson à feu doux et l’alerte rouge-effondrée d’une humanité, le thermostat sur la tempe.
Dehors, par ma fenêtre, je vois un massif forestier. Vaste et aux sombres détails. D’énormes rochers, dans d’immobiles explosions, percent la couverture végétale hérissée de siècles. Là s’enchevêtrent les obsédantes chaînes alimentaires qui grattent et enfouissent leurs chairs dans celle de la terre. Mais, de son cœur comprimé, la chair de terre suinte une surface turbide et grasse, pleine d’innombrables armées prêtes à reprendre l’inimaginable festin qui donne à cette forêt l’étrange aspect d’un corps se digérant immuablement. La mort se nourrissant d’excréments pour vivre.
La nature.
C’est sauvage et violent mais c’est surtout inhumain. Posez un humain au milieu de la nature, sans rien d’autre que lui et elle, faites tomber de la pluie, l’humain se construira immédiatement un parapluie en cheveux. Son problème se trouve dans son cerveau et la nature n’en a pas.
Je me propose donc de cheminer, d’arpenter, de sillonner, au sens propre comme au défiguré, ce concept de nature, en allant physiquement et sans cerveau à son contact. J’espérai ainsi, à l’aide de cette méthodologie, trouver le fossé qui sépare l’homme de Mère Nature, et tomber dedans. 


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