Des nouvelles d'Aleix Renyé par l'auteur lui-même 18

Publié le par L'Œil du Pharynx

 

 

 

70282 100000458988132 1134627 n70282 100000458988132 1134627 nTout les vendredi, le journaliste, écrivain et homme de scène Aleix Renyé , nous régale de ses nouvelles

BOSS

 

 

 

Il est le patron, le boss. Ses décisions, ses caprices, ses préférences, sont sans appel. Il s’est bien ancré dans cette ville excentrée de la capitale, où l’ont conduit ses anciennes routes erratiques à travers les marges sociales et hexagonales. Dans ses pérégrinations de marginal il s’est défait de beaucoup de préjugés, mais son parisianisme inné ne l’a jamais tout à fait abandonné.Tout au long des expériences -orientales, psychédéliques ou psychiatriques- de sa jeunesse, dans le Larzac, Formentera, Katmandou ou les Hautes-Pyrenées il n’a jamais pu se débarrasser de son accent et son raisonnement parigot.

 

 

Il ne se rapelle plus quel hasard l’a conduit à cette ville morne, mais ici il a trouvé le paradis qu’il cherchait ailleurs par le truchement de substances chimiques ou naturelles, toutes illégales.

Beaucoup plus bon marché que ces autres paradis, celui-là, il le trouva habité par des gens complexés qui le traitaient avec respect et une pointe d’admiration. Il lui suffisait pour cela de cultiver son accent “de la capitale” tout en exerçant ses dons d’orateur. La plupart des indigènes l’admirait... bon, une poignée de récalcitrants lui résistent encore, lui reprochent son “parisianisme”, mais personne ne les écoute ceux-là.

 

Quand la providence lui a fait découvrir sa terre promise il s’est posé à cet endroit et s’est découvert une vocation. Ce cul-de-sac de l’hexagone avait besoin de quelqu’un qui lui apporte la vrai culture de la capitale, et non les sous produits qui, jusqu'alors, abreuvaient le public provincial en mal de parisianisme. Du fin fond de son sac à dos usé par tant de circumvalations il récupéra son agenda où il avait gardé adresses et téléphones des anciens copains de la capitale, et aussi des routards comme lui qui avaient fini par revenir et se remettre aux les affaires. Beaucoup d’entre eux s’étaient fait un nom dans le domaine de la culture tandis que lui  poursuivait les chemins “à la recherche de son 'moi' profond" comme il ne cessait de le répéter au cours de cette période aujourd'hui reléguée au chapitre des mauvais souvenirs.

Petit à petit il s’est transformé en le "boss" qu’il est maintenant. Il maintient, ferme, les rênes de son affaire, avec l'approbation de tous ses admirateurs, surtout des élus locaux qui mantiennent ouvert le robinet des subventions.

 

Sa culture est, sans conteste, La Culture, celle du prestige et des médias nationaux. Mais une certaine inquiétude l’envahit... Des jeunes commencent à ne rien vouloir savoir de ses choix culturels, le traitent de “vendu”, “capo”, “profiteur” et autres épithètes moins gentils. Et, le comble, c'est que des artistes osent proposer des oeuvres sans son aval ni sans passer, au préalable, par le filtre de la bénédiction parisienne. 

GAMIN

 

Sa famille et ses voisins ne le savent pas,  mais le gamin voudrait bien être gentil... Lui il croit ce que les grands lui disent... Il est habitué aux cris et aux coups à la maison, à l'indifférence de la maîtresse à l’école, aux accusations des voisins quand il y a quelque chose de cassé ou disparu. Il est convaincu que la seule façon d’exister, pour lui, c’est d’"être méchant”, comme ils disent. 

 

Et il l’est, méchant, râleur, maladroit. Surtout avec sa mère, avec laquelle il a pas connu d’autre  manière de communiquer qu'avec les cris, les coups, les jurons. Et pourtant, il l’aime tant, sa mère! Il ne sait pas l’expliquer ni le montrer, mais très souvent il sent une grande tendresse, une montée d’amour qui lui fait mal, quand il voit cette femme seule et fatiguée pleurer de rage ou d'impuissance, avec son petit frère dans ses bras. Lui, le grand, sa mère ne lui prête pas grande attention si ce n’est pour le gronder ou le taper. 

Quand il n’est pas à l’école il reste traîner dans la rue. Ses copains -il les aime tant, ses copains-  doivent se cacher de leurs parents pour jouer avec lui, des parents qui ne veulent pas que leurs enfants traînent avec “ce sale gosse”... et pourtant, il les admire tant les parents de ses amis! Il peut passer des heures à regarder par la fenêtre ou devant la maison d’un de ses amis pour vivre par procuration cette vie de famille qu’il n’a pas. Un père à la maison, une mère qui ne crie pas, qui embrasse ses enfants, qui rigolent ensemble.

A l’école la maîtresse ne l’aime pas, elle l’a laissé de côté. Il ne fait pas les devoirs à la maison, il ne comprend pas ce qu’elle raconte, il crie, il se bat, il distrait les autres... mais, malgré ça, il l’admire tant sa maîtresse!

C’est pour qu’on fasse attention à lui, pour se sentir exister que, de plus en plus, le gamin fait “des bêtises”. Dejà sa mère a reçu deux fois, par sa faute, la visite des gendarmes...

Le seul qui rit de ses bêtises c’est cet homme soûl la plupart du temps, qui dort parfois avec sa mère, mais celui-là, il ne compte pas.

 

 

Publié dans Littérature

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